vendredi, septembre 14, 2007

Autre version de moi, par South Park...

Serais-je facile à caricaturer? J'ai eu la version de moi en South Park par Patrick, toujours aussi occupé à travailler de toutes ses forces, à ce qu'il paraît...



Je dois admettre que c'est ressemblant, Patrick a noté que je traîne toujours avec moi un sac à dos... Cependant, il a oublié d'ajouter un discman et je ne suis pas anarchiste, même si j'écoute plein de groupes ayant de fortes tendances à appuyer ce courant de pensée.

Ouais, je suis inspiré, quand il est six heures du matin...

jeudi, septembre 13, 2007

Si vous êtes en congé demain...


ARRÊTONS HYDRO-QUEBEC

SON PROJET DE DÉRIVATION DÉTRUIT

LA RIVIÈRE RUPERT ET MET LES CRIS EN DANGER

Ensemble, suspendons ce projet destructeurafin de l'arrêter une fois pour toutes!!!

Quand: Vendredi 14 Septembre 2007 de 11h à 13h

Endroit: Siège social d'Hydro-Québec

75 Boul. René-Lévesque O, Montréal, Québec

Cet événement sera une manifestation pacifique.
Projet initié par Project Laundry List, Révérence Rupert et d'autres organisations concernées.


ARRIVEZ-TÔT ET ÉCRIVEZ UN MESSAGE POUR LA CORDE À LINGE SUR UN DE NOS T-SHIRTS RÉCUPÉRÉS!

La rivière Rupert est l'une des dernières grandes rivières vierges à ne pas être harnachée dans le Nord du Québec et en Amérique du Nord.Le projet hydroélectrique d'Hydro-Québec, au coût de 5 milliards de $, détruira la rivière et ses écosystèmes et mettra en danger les Amérindiens Cris de la région.

LES TRAVAUX DE CONSTRUCTION ONT COMMENCÉ. NOUS DEVONS AGIR MAINTENANT!


Membres de Québec solidaire, soyons présentEs!

mardi, septembre 11, 2007

Journée sinistre, pour une toute autre raison.

Le 11 septembre n’a pas été seulement une journée funeste, à partir de 2001. Il l’a été en 1973, lorsque l’armée chilienne, commandée par le général Augusto Pinochet, renversait par les armes le gouvernement démocratiquement élu de Salvador Allende, pour instaurer une dictature militaire aux connotations ouvertement fasciste, avec la bénédiction du gouvernement américain. Celui-ci a pu observer, sur l’économie chilienne, comment peut-on ramener la société civile à ce qu’elle était au XIXe siècle, lorsque les diplômés du département d’économie de l’Université de Chicago (« l’École de Chicago »), alors sous l’influence du théoricien néo-libéral Milton Friedman, on imaginé toute sorte de moyens pour privatiser la société. Seule la police et l’armée demeurèrent sous le contrôle directe de l’État.



Salvador Allende

Ce petit film relate l’expérience d’une personne ayant vécu cette tragique journée.



Coup d'Etat Chili 1973
envoyé par sybelium

dimanche, septembre 09, 2007

Le dimanche à Hochelaga-Maisonneuve

Je suis allé à l’épluchette de blé d’Inde, organisée par le comité de coordination de Québec Solidaire de mon quartier. J’y ai retrouvé quelques-uns de mes camarades, Alexandre, Minerva, Gabriel et sa copine…ainsi que bien des gens que je connais de vue seulement. Il n’y avait pas foule, mais le nombre suffisait pour donner à ce dimanche gris un air festif, au son des chansons d’Alexandre et de la chorale venue chanter pour le public. Il fallait le faire et il ont réussi, les camarades : m’amener à manger du blé d’Inde, moi qui n’aime pas tellement ça, et me faire écouter des chants de chorale. Celle-ci m’a même impressionné, avec ses interprétation de pièce de notre folklore, ainsi que la reprise de chants orthodoxes russes, de « negro spirituals » et de chants des villages africains.

Ça m’a permis de me réconforter, surtout lorsque je suis revenu chez moi en fin d’après-midi, après avoir fait quelques courses. En passant dans la ruelle derrière chez moi, j’ai senti une odeur qui m’était familière. En tournant le coin, j’ai vite compris de quoi il s’agissait, mais lorsque j’ai vu d’où ça venait, j’ai été surpris. L’odeur, c’était cannabis qui brûle, du pot, la variété forte qui pue et qui rend les gens apathiques. Deux ti-gars de onze ou douze ans se passaient le joint, devant deux autres plus jeunes, dont ma venue soudaine venait de les éloigner. Des enfants du primaire. Ça frappe fort, comme vision. Quand j’ai passé devant eux, j’ai regardé les fumeurs dans les yeux, pour leur faire comprendre que je savais très bien ce qu’ils faisaient. Je n’ai pas eu de réponse, je pense qu’ils n’en étaient pas au premier joint.

Plus tard en soirée, je suis retourné à l’épicerie, j’avais oublié de m’acheter un lunch pour demain. En revenant, j’ai dépassé une jeune fille sur le trottoir, qui allait dans la même direction, j’ai l’habitude de marcher vite. Quelques seconde après l’avoir dépassé, je l’entend maugréer envers quelqu’un. Comme j’étais en train d’écouter du Black Sabbath dans mon discman, je met sur pause et je me retourne vers elle, en lui demandant « Pardon? ». Elle me rassure, en me disant qu’elle s’adressait à l’esti de moron qui a ralenti pour la dévisager. Elle me dit ensuite qu’il n’y a plus moyen pour elle de marcher sur le trottoir, sans qu’une voiture ralentisse près d’elle et qu’elle se fasse dévisager par le chauffeur. « La prochaine fois, me dit-elle, je vais faire quelque chose… »
-Un bon coup de pied dans la porte, bien placé, je lui dis.

Je lui souhaite une bonne soirée, je reprend ma marche et là, comme pour nous narguer, une autre voiture ralenti… je me retourne vers elle et on se regarde, découragés. La prostitution est tellement présente, dans notre coin, qu’il est impossible pour une jeune femme de passer inaperçue, aux yeux des maudits clients qui passent dans leur voiture, sur la rue Sainte-Catherine…

Avis de recherche

Aujourd’hui, on s’est échangé quelques nouvelles, moi et Miss50Cents. Elle m’a confirmé qu’elle a bien relancé un autre blogue, mais comme elle en est un peu insatisfaite, il n’y a pas de textes comme elle le fait habituellement et elle ne m’a pas donné les liens. Par contre, je viens tout juste de retrouver SaintePaix, que je lisais régulièrement sur notre ancien site. Je vous invite à la lire, je m’ennuie jamais en lisant ses textes.
Et les autres, comme SaintePaix, j’espère les retrouver quelque part un jour, à moins que notre site revienne à la vie…




J'ai eu cette chanson en tête toute la journée, à vous de l'avoir à votre tour (originalement, c'est une chanson d'Heaven 17, mais je pense que ça ne sonnait pas comme ça autrefois...). Ah oui, le saviez-vous? Cradle Of Filth reviens le 20 septembre, au Métropolis...

samedi, septembre 08, 2007

Ces samedis où on se lève à 6h00...

Il faisait peut être moins noir ce matin, lorsque je me suis levé, mais quand même, c’est rare de me voir levé de si bonne heure, un samedi. La seule raison qui m’aurait sorti du lit, c’est d’aller faire mon grand tour de l’ouest de l’île, en vélo, comme je le fait à chaque année. En fait, je devais suivre la formation du logiciel principal que j’utilise à mon travail. J’ai donc rejoint mes collègues du covoiturage ce matin, Sonya et Rumany, au métro Longueuil, pour retrouver notre bureau de Boucherville. La formation a duré trois heures, ce fut un peu long mais quand même, j’ai pu obtenir l’information qui me manquait sur l’utilisation du logiciel. Avant de terminer hier après-midi, j’avais indiqué à deux clients que je les aiderais de mon côté à retrouver des factures anciennes, dans nos archives virtuelles afin de les aider à se faire créditer pour de la marchandise avec laquelle ils sont pris avec. Avec ce que je vient d’apprendre, ça va être rapide.

J’apprécie de plus en plus mon nouveau travail, simplement parce que je me sens à l’aise dans ce type d’emploi. Le service à la clientèle, je le pratique depuis plus de neuf années et je pense être très efficace, pour régler les problèmes des uns et des autres. Même si mon anglais est plutôt hésitant, après un an avec aucune pratique verbale (ou presque, ce n’est pas au Renaud-Bray de la rue Fleury qu’on se fait aborder en anglais le plus souvent), je dois tenter de récupérer ce que je connaissais. Jusqu’à date, au moins, mes clients anglophones ne me reproche pas ma façon de parler, on se comprend très bien. J’aime beaucoup l’accent des gens de Terre-Neuve, je trouve que leur anglais est plus compréhensible que plusieurs autres clients de régions plus urbaines, pour ceux dont il s’agit de la langue natale. Mine de rien, mes contacts on été immédiatement cordiaux avec les Terreneuvois, peut être parce qu’il s’agit eux aussi de gens d’une société bien distincte…

Malgré ce début prometteur, je demeure quand même nostalgique de mon ancien boulot, notamment du fait de ne pas connaître tous les titres à paraître, comme c’était toujours le cas, avant mon renvoi. J’entendais parler à la radio d’un titre et d’un autre, en me disant qu’il me fallait éventuellement aller dans une librairie au plus vite. Les bibliothèque, c’est bien beau, mais on ne peut savoir quelles sont les nouveautés dans l’immédiat. Au moins la seule consolation est de m’éviter la sortie de la platitude que doit être le dernier livre de Nelly Arcan, la nunuche qui écrit bien…et c’est tout. Le bel exemple que le style n’est pas tout dans la littérature, encore faut-il avoir de quoi d’intéressant à écrire!

À ce sujet, je continue toujours la lecture de « La dissociété », de Jacques Généreux. Les références sont nombreuses, envers les écrits d’un autre auteur que j’apprécie beaucoup, Jean-Claude Guillebaud. Tout comme lui, Généreux constate la dérive importante que nous font acheminer la pensée néo-libérale, en tant qu’idéologie proprement politique. Autant Guillebaud s’est inquiété de l’émergence de la techno-science, l’enfant-monstre de la pensée néo-libérale, autant Généreux s’en prend aux fondements même du néo-libéralisme, particulièrement dans ses postulats. J’ai bien hâte de pouvoir en écrire plus longuement, après avoir assimilé cette somme.

Inutile de dire que je partage entièrement ses vues, sur cette idéologie des fanatiques de l’économisme.

Quelques nouvelles

J’ai eu des nouvelle de Miss50Cents, ma copine blogueuse de mon premier site. J’ai été très content de la lire à nouveau, elle m’a adressé un long courriel, mais j’ai appris qu’elle écrits désormais pour elle-même, ce qui m’attriste un peu. J’espère seulement que le site Blogue.ca va revenir, simplement pour pouvoir lire à nouveau ses aventures. Idem pour les autres. Sauf le type du « Monde nouveau », il est trop con!

Je devait aller à l’événement Québec-Cuba, mais la fatigue de la semaine a eu le dessus. J’avais prévu de faire quelques courses cet après-midi, puis me rendre au lieu de la fête, mais j’ai eu un coup de barre dans le métro, tellement que j’ai décidé de retourner chez moi pour dormir le restant de l’après-midi. J’espère pouvoir me rendormir vite ce soir, après cette longue sieste.

Mes parents sont partis pour Paris hier. Quinze jours avec les Parisiens, j’espère que mon père ne va pas se rappeler uniquement des clichés sur ces gens portés à s’aimer, mais je sais bien que la ville va beaucoup l’impressionner. Je sais qu’il a lu beaucoup avant de partir, afin de pouvoir se faire des itinéraires pour môman et lui. C’est la première fois qu’ils vont en Europe, eux qui sont allés dans plusieurs pays d’Amérique du sud, au Maroc et qui ont traversé le continent nord-américain de long en large, avec leur campeur Ford retapé par mon bricoleur de père. J’ai bien hâte d’avoir un courriel d’eux, j’ai expliqué à ma mère qu’il était facile d’avoir accès à un ordinateur dans beaucoup de cafés ou de bistros. Aussi, je pense bien que ma mère va me lire…allô môman!

Quand Ray est venu cette semaine et que je lui ai parlé du prochain départ de mes parents, on s’est raconté quelques expériences dans cette ville mythique qu’est Paris. J’y suis allé il y a douze ans, lors de mon seul voyage d’envergure. À l’époque, je n’avais été là que trois jours, sur les quarante et quelques que j’ai été en France. Je m’étais bien promis d’y retourner au plus tôt. Maintenant, je l’ignore si je pourrai le faire un jour.

J’ai reçu des nouvelles de ma cause, avec Renaud-Bray. Ma conseillère a signifié à l’employeur notre intention d’aller en arbitrage. Je ne sais quand ça pourra se faire, mais j’ai bien hâte de voir ce que mon ancien employeur va faire de son côté. Je demeure un excellent libraire, si jamais la direction veut bien constater qu’elle a agi trop promptement, elle a toujours mes coordonnées quelque part. Enfin, on peut toujours rêver…

Texte sur la Bolivie d’Evo Morales

J’ai reçu ce texte d’André Parizeau, chef du PCQ, portant sur l’essor que connaît la Bolivie, maintenant dans une voie désormais plus près des aspirations populaires que des intérêts des riches de ce pays et de leurs clients internationaux. Ça vaut le coup de lire le tout…
Le pouvoir populaire en Bolivie :
Quand les exclus reprennent leur place dans l'arène politique

Par André Parizeau
Chef du PCQ


"La Bolivie a bien changé depuis 2005 avec l'élection d'un président indien et socialiste. Les espoirs des millions d'exclus sont grands, et le Movimiento al Socialismo (MAS) au pouvoir entend prendre les moyens nécessaires pour les satisfaire."

Ainsi commence un article que le journal Le Devoir publie, ce matin même, en première page, et qui illustre les multiples efforts actuellement déployés en Amérique Latine pour développer et repenser de nouvelles façons de développer le pouvoir populaire.

Une seule ombre au tableau. D'entrée de jeu, on semble vouloir mettre en opposition ce qui se développe présentement en Bolivie par rapport à ce qui se passerait en même temps au Venezuela. Comme s'il y avait de grandes différences alors que cela n'est pas vraiment le cas et que ces deux pays se rapprochent du reste de plus en plus l'un de l'autre, depuis l'arrivée au pouvoir du nouveau président bolivien, Evo Morales. La même chose vaut d'ailleurs pour ce qui est des relations entre la Bolivie et Cuba.

Le nouveau gouvernement d'Evo Morales s'appuierait sur "un très fort mouvement social" par opposition au "populisme à la Chavez", de dire le journal Le Devoir. Au moment même où le nouveau parti socialiste unifié du Venezuela d'Hugo Chavez peut d'ores et déjà compter sur deux millions de membres alors qu'il n'est même pas encore officiellement créé -- ce qui en fait déjà le plus important parti politique dans toute l'Amérique Latine --, on ne peut que rester songeur sur le sens à apporter à un tel commentaire, glissé comme cela. D'autant que nul part ailleurs et plus loin dans l'article, on ne revient sur cette supposée contradiction. Sans doute faut-il mettre cela sur le compte de tous ces préjugés, encore bien tenaces, et portant contre le gouvernement d'Hugo Chavez, au Venezuela.

Une fois cela dit, le reste de l'article du Devoir est très intéressant, notamment quand il s'agit de tirer certaines leçons de l'expérience au Chili, du temps d'Allende, ou encore lorsqu'il est mention du fait, qu'en Bolivie, il y a présentement une attention particulière qui est apportée pour maintenir une distinction et une certaine distance entre les dirigeants politiques, ceux et celles qui dirigent le gouvernement, et les différents mouvements sociaux qui, d'une manière ou d'une autre, soutiennent ce gouvernement mais veulent en même temps conserver leur autonomie. L'article s'appuie sur une rencontre avec l'actuel vice-président de la Bolivie, Alvaro Garcia Linera, récemment en visite ici, à Montréal.

Plusieurs des questions soulevées dans cette article recoupent nos propres préoccupations quand il s'agit de repenser notre propre combat pour le socialisme. Voici donc de larges extraits de cet article :

«L'arrivée au pouvoir d'un Indien constitue la révolution la plus importante qu'a connue la Bolivie», constate M. Linera. «Historiquement, la participation des Indiens à la vie de cette société a toujours été très restreinte. Jusqu'à maintenant, ils ont été maintenus dans un état de subordination.»

... À ses yeux toutefois, la question autochtone ne relègue pas au second rang les questions sociales et, dans une société où l'exclusion et le racisme ont toujours régné et où le patrimoine public a été bradé au fil des ans, c'est à une transformation en profondeur des institutions et de leur culture que les Boliviens s'attendent. Et le chemin parcouru pour parvenir à la situation actuelle a été long.

Pendant une quinzaine d'années, à la suite du consensus de Washington qui «recommandait» en 1989 une liste de prescriptions aux économies en difficulté, la Bolivie a été le laboratoire par excellence pour tester les remèdes proposés par les bailleurs de fonds, le Fonds monétaire international, la Banque mondiale et le Trésor américain. «Avec son instabilité politique et sa pauvreté endémique, la Bolivie était le modèle parfait» sur lequel expérimenter, a expliqué M. Linera. Les résultats néfastes de ces mesures dans les pays où elles ont été appliquées sont aujourd'hui presque universellement reconnus.

«Pendant les années 70, l'État contrôlait 75 % de l'économie, a noté M. Linera. En dix ans, la proportion public-privé a été inversée!» Concurremment, une guerre à peine larvée sévissait entre les mouvements sociaux, la gauche -- coupée de la population -- et les militaires. La droite a alors pu définir les projets de société dans les domaines politique, économique et culturel.

On a par la suite assisté à un démembrement de l'appareil étatique par une série de privatisations, à une déstructuration des organisations sociales et à une attaque frontale contre le mouvement ouvrier.

À cause du «monopole» qu'exerçaient en vase clos l'État et le gouvernement sur toutes les décisions, c'est sur la scène locale que les mouvements sociaux se sont lentement réorganisés. Une foule d'organismes s'occupant de questions précises sont ainsi apparus. Ils se sont fédérés pour devenir des regroupements régionaux d'organismes autonomes qui s'appuient l'un l'autre selon le contexte social. M. Linera donne en exemple les mécanismes ainsi créés par la population aymara, dans l'Altiplano, dont les organismes ont à l'occasion appuyé ceux du Chapare.

C'est à partir de ces organismes et de leurs revendication qu'est né le MAS d'Evo Morales. «Le MAS n'est qu'un bras du grand mouvement social bolivien. Il s'agit d'une forme de centralisation verticale, en réseau», a expliqué le conférencier, pour qui il est primordial que les politiciens n'occupent aucun poste au sein de ces organisations afin que leurs revendications nourrissent l'action gouvernementale.

De sa création en 2000 aux élections cinq ans plus tard, le MAS a été de toutes les batailles, sur le plan tant local que national, à défendre les intérêts de la majorité contre une classe politique décrépite et fermée.

... «Une grande mobilisation sociale a permis la création de ce gouvernement», a expliqué M. Linera. Le monde indigène et les défavorisés doivent avoir accès au même niveau de vie que les autres, a-t-il précisé. «Et le processus en cours est irréversible», a-t-il ajouté, faisant remarquer que les plans généraux du gouvernement sont issus de la population.

Mais les problèmes sont nombreux depuis les élections de 2005: la riche région de Santa Cruz menace de faire sécession si le gouvernement ne change pas sa politique économique; Sucre, la capitale officielle, veut supplanter La Paz; la classe moyenne demande des augmentations de salaire...

«Nous devons à la fois administrer l'État au quotidien et mettre en place des politiques demandées par le mouvement social. Nous devons vivre avec cette contradiction, c'est le seul moyen que j'ai trouvé», a avoué M. Linera. Mais une chose est claire: pas question de dévier des objectifs du MAS.

Ainsi, par exemple, M. Linera, constatant la très forte réaction des partis traditionnels, des milieux d'affaires et de la droite, a expliqué qu'il y a deux possibilités d'action pour le gouvernement. «Nous pourrions pactiser, négocier, mettre sur pied des scénarios convenant à tous. Nous pouvons également poursuivre notre route vers les objectifs que nous nous sommes fixés, sans en dévier.»

«L'expérience de Salvador Allende au Chili au début des années 70 nous a enseigné qu'il est dangereux de pactiser avec les forces conservatrices», a-t-il conclu.

Le travail à accomplir est énorme. On vise à briser le monopole décisionnel de l'État. Il s'agit là d'un énorme changement de culture institutionnelle. Concurremment, «nous devons couper la base matérielle des secteurs conservateurs», a expliqué M. Linera, donnant en exemple la grande propriété, «qui doit revenir entre les mains du gouvernement».

À son avis, c'est là «l'unique scénario qui fera en sorte que la population conservera l'initiative du projet de société. Et, inévitablement, la mobilisation sociale grandira».

M. Linera a conclu par un souhait: «Nous espérons que les organisations sociales nous pousseront encore davantage.»



Pour consulter au complet l'article publié dans le journal Le Devoir et portant sur le sujet

vendredi, septembre 07, 2007

Quoi faire en fin de semaine?

J’écris très rapidement ce matin, alors qu’il fait déjà 21 degrés Celsius dehors, avant même que le soleil se lève. Je viens de passer deux soirée sur les terrasses des bars, aux Foufs, au Petit Moulinsart et au Saint-Ciboire, avant qu’on en perde l’habitude d’ici un mois, peut-être moins. Ray était en ville, on a donc profité de sa présence. Une chose est certaine, ce soir, je reste devant ma télé. Je rentre au boulot samedi matin, afin d’en apprendre plus sur notre système informatique.

Pour les Montréalais, il y a deux événements cette fin de semaine, dont je risque fort bien d’en faire partie. Voici donc la publicité :




Événement culturel et épluchette de blé d'Inde dans Hochelaga-Maisonneuve
Début : 2007-09-09 12:00
Fin : 2007-09-09 16:00

Québec solidaire Hochelaga-Maisonneuve vous invite à un événement culturel (avec artistes invités) ainsi qu'à une épluchette de blé d'Inde familiale, dimanche le 9 septembre à compter de midi, dans la cour de l'organisation communautaire «Les Enfants de l'espoir», 4650 Ontario E. (coin Aird, à l'est du Marché Maisonneuve). En cas de pluie, l'événement aura lieu à l'intérieur.
Ce joyeux rassemblement, qui s'adresse autant aux résidantEs du quartier qu'à nos sympathisantEs des autres circonscriptions, se veut une occasion de faire connaître à la population les engagements de Québec solidaire concernant les artistes et l'éducation. Au plaisir de vous voir en grand nombre!

mardi, septembre 04, 2007

Stranger in a Strange Land

Je n’ai pas lu le roman de Robert A. Heinlein, En terre étrangère, un classique de la science-fiction. C’est en fait le titre d’une chanson un peu oubliée d’Iron Maiden, parue sur Somewhere in Time (1987). Quand je me retrouve dans une situation où je me demande « Quessé que j’fait icitte? », c’est cette chanson qui me revient en tête.

En fait, loin de trouver négatives, mes aventures dans des endroits un peu incongrus, où je me sens tout seul dans mon genre, je profite du moment pour me faire un observateur extérieur. C’est le moyens que je trouve pour avoir du fun avec les copains, en faisant remarquer les trucs qui autrement auraient passé complètement inaperçus.

Des exemples? Vous avez peut-être lu mon papier, sur mon passage à cette présentation de Primerica, en juin. Si un jour j’ose participer à un dîner-causerie de l’Institut de la Vérité Économique Immuable et Totalitaire de Montréal (IEDM), vous imaginez bien l’histoire… Cette fin de semaine, ça m’est arrivé trois fois, en moins de douze heures.

J’ai reçu samedi la visite de Fred, le frère de Sébastien-la-grande-brute, venu avec JF faire un tous à Montréal. Ils m’avaient demandé de squatter mon salon. La veille, ils avaient assisté à la partie de l’Impact, pendant que j’étais à la pendaison de crémaillère chez Caroline, avec d’autres Renaudbréens de la succursale X, où j’en profitais pour arroser l’obtention de mon nouvel emploi. Ils m’ont retrouvé chez moi, dans mon petit paradis d’Hochelaga-Maisonneuve. Eux aussi, en arrivant, on remarqué mon charmant voisinage d’en face, dont ils venaient de prendre le stationnement de la « clientèle »… Après avoir déplacé leur voiture, on s’est installé sur la terrasse arrière, afin de se raconter nos dernières aventures. Puis nous avons planifié la soirée, soit sortir au La Tulipe, pour la soirée Pop 80. Je les ai donc accompagné, habillé un peu plus pour la circonstance. Je me suis dit que mon t-shirt marteau-faucille ne passerait pas inaperçu, j’ai donc porté quelque chose de plus neutre à la place, un maillot de football. Mais j’avais quand même une grande patch « Doom » dans le dos de ma veste, c’est bien certain, je n’allait pas sortir sans mes couleurs…

Avant d’aller à l’ancien Théâtre des Variétés, nous avons retrouvé Annick chez elle, la copine de JF. Puis nous sommes allé entendre des succès des années 80, mes années d’adolescence, afin de me rappeler cette période que j’ai vécu très directement. C,est quand même cocasse, je connais le moindre succès de ces années-là, mais ne demandez pas à quoi ressemble la musique de Justin Timberlake ou des Pussycats Dolls…

À vue de nez, peut-être que je n’étais pas le seul à ignorer le beat pop des années 2000. Lorsque nous sommes entré, je me souvenais que la seule fois où je suis venu pour le Pop 80, il y avait du monde mais pas tout à fait le même genre. D’abord, en entrant, la première chose remarquable est la disproportion des sexes, qui ressemble à celle qu’on retrouve sur le site de Réseau Contact : trois gars pour une fille. De plus, on retrouve plutôt la catégorie « jocks de banlieue venus veiller à Montréal ». De moins en moins pour nous inciter à rester, malgré que nous avons eu à payer l’entrée. Fred parle de « party de saucisses », mais je pense avoir eu le mot final, pour qu’on sorte au plus vite de d’là : « J’ai l’impression d’être au Rock’N’Roll Palace… ». La phrase qui tue. Fred et JF sont originaires de Lévis comme moi, ils ont su très vite de quoi je parlais. Surnommé « Le bar de la dernière chance », cet endroit situé sur le bord de l’autoroute 20, juste avant d’entrer dans la zone Pintendre, pourrait avoir sa soirée Pop 80, mais pas seulement la musique, car les habitués ont l’air tout droit sortis de ces années où je les ai connu de vue, à la polyvalente. Les filles avec des coupe soleil et les grands t-shirts en couleurs pastelle, les gars en loafers avec des bas blancs, les moustaches et les jeans délavés bleu pâle, tout y est. Quand on évoque la dernière chance, je vous laisse imaginer pourquoi, sans intention méchante envers les habitués de l’endroit…

Nous sommes donc entrés à notre alternative immédiate, l’Edgar Hypertaverne, ou quelque chose du genre… l’impression que j’ai eu, en arrivant, c’est d’avoir tombé de Charybde en Scylla. Autant on était dans le temple du quétaine à La Tulipe, là c’était la branchouille qui nous attendait, surtout les branchés avec des problèmes d’alcool. La musique? La même! Aux deux endroits, on a entendu « I’m too sexy » de Right Said Fred, le mannequin britannique au One Hit Wonder. Peu après notre entrée, notre Fred s’est fait accostée par une grande fille saoule, qui m’a rappelé comment on a beau être bien mis, ça ne donne rien si on ne sait pas boire. L’ambiance était assez infernale, du grand cruising bar, ou le « Meat Market », si vous préférez l’expression. Ça n’a pas empêché Fred d’aller à la chasse (la grande fille saoule était franchement pas présentable…), tandis que JF et Annick profitaient de leur présence mutuelle. Moi, je faisait semblant d’être le chaperon, en me promettant de revenir faire mon tour, maintenant que je suis prévenu de la nature de l’endroit… Ben quoi, une fois habillé comme ce populo en place, il n’est pas dit que je pourrais attirer les regard, autrement que sur mon linge!

Le lendemain (dimanche), lorsque nous avons émergé de notre sommeil et que Fred revenait de chez sa conquête (en feu, le Fred!), on avait prévu aller au Piknik Électronik, au Parc Jean-Drapeau. Audrey, ma jeune copine photographe, m’a d’ailleurs appelé pour me demander si j’y allait. Nous avons donc convergé là-bas, afin de profiter d’un bel après-midi d’été de septembre, en sachant qu’il n’en restait pas tellement devant nous.

Fred et sa conquête partis des promener de leur bord, le grand JF et Annick également, je me suis retrouvé avec Audrey à notre endroit habituel, en l’absence de Luc et Lola. Monsieur Bobette, le ramasseux de canettes qui se promène en bobette, à défaut de pouvoir s’acheter un Speedo, était à son rendez-vous, inspirant les jeunes filles en bikini de se faire bronzer ailleurs que sous son regard. Lorsque Audrey est partie rejoindre son chum au TamTam, je me suis retrouvé seul sur le gazon, avec mon livre, ma bière et une flopée d’inconnus autour de moi, dont je ne savais rien d’eux. Sur le coup, je me suis dit que je devais peut-être essayer de retrouver mes amis, qui semblaient être partant pour aller voir le show perpétuel des trippeux de techno, rassemblés pour danser au soleil, au pied de l’espèce de monument en métal dont j’ai oublié le nom.

C’est drôle, bien que je sois allé assez souvent au Piknik cet été, je ne m’habituerai jamais à ce genre de personnes, que je surnomme « The Beautiful People », comme la chanson de Marilyn Manson. Cette dernière me revient instantanément en tête, quand je vois ce spectacle offert à mes yeux.

Je l’ai déjà évoqué, le Piknik et surtout son volet techno attire les fanas de cette musique, dont de nombreux gays. Ce dimanche-là, je pense que ça s’est donné le mot au Village. Ça doit ressembler à ça dans une discothèque du genre, beaucoup de gars en bédaine, les pectoraux au soleil, dansant dans une transe réelle ou fictive, entourés de superbes filles qui doivent maudire la création d’avoir fait de ces gars des êtres inaccessibles pour elles… Il y avait aussi plusieurs représentants de cette catégorie de gros virils, qui ne dépareraient pas dans une ligue de lutte, venus se rincer l’œil en bombant le torse sur les garçons. Meat Market total, version Village, à moins que ça soit la norme dans les bars, je ne sais pas. J’en suis venu à croire que la majorité de la population porte au moins un tatouage, c’est tout dire… En cherchant mes amis à travers ce monde, je pense avoir déparé le paysage, tant je n’avais pas d’affaire là et parce que je ne me met jamais en bédaine, car je trouve ça un peu colon. Dommage que la musique était trop forte, c’est dans ces moments où j’aime bien avoir une trame de fond, pour illustrer le tout. Dont « The Beautiful People » de Manson…

Vous pouvez imaginer mon sentiment, en écoutant cette superbe chanson :


The Beautiful People
I dont want you and I dont need you
Dont bother to resist, Ill beat you
Its not your fault that youre always wrong
The weak ones are there to justify the strong
The beautiful people, the beautiful people
Its all relative to the size of your steeple
You cant see the forest for the trees
You cant smell
Your own shit on your knees

Theres no time to discriminate,
Hate every motherfucker
Thats in your way

Hey you, what do you see?
Something beautiful, something free?
Hey you, are you trying to be mean?
If you live with apes, man, its hard to be clean

The worms will live in every host
Its hard to pick which one they eat most
The horrible people, the horrible people
Its as anatomic as the size of your steeple
Capitalism has made it this way,
Old-fashioned fascismWill take it away

(chorus)

Par bonheur, avant de me décourager de ce « Beautiful People », je suis tombé sur Geneviève, la copine de Sébastien (mon ancien coloc, un gars de Lévis et un rare votant de droite, comme Math le Magnifique, avec lesquels je m’entend très bien) et heureuse mère de sa fille Ève, qui semblait avoir un fun noir à jouer sous les jets d’eau. On s’est promis de se revoir tous ensemble éventuellement à un des shows qui s’en viennent (Cradle of Filth, Down, Queen of the Stone Age) au Métropolis.

Tiens, pendant que j’y pense, je souhaite un heureux anniversaire à Judyth, qui comme moi ne vieillit pas du tout dans sa tête…et qui doit me lire à l’instant.

Hi hi hi!

lundi, septembre 03, 2007

Ça s'explique!

J’ai su finalement ce qu’il est passé avec le site blogue.ca. C’est quand même étonnant, mais je suis soulagé de savoir que ça va se régler dans une semaine. C’est en cherchant le site, par le biais de Google, qu’on peut obtenir les explications suivantes, sur une page blanche :

Blogue.ca

Nous sommes désolé pour cette interruption involontaire de notre part.

L'hébergeur actuel Site5.com a suspendu notre hébergement car nous utilisons trop de ressources serveurs.

Nous allons migrer vers un autre hébergeur et cela peut prendre du temps (1 semaine)

Merci de votre compréhension.

De la part du serveur, j’ai l’explication suivante :

Hello,

The site was in violation of clearly expressed resource usage policy. Please allow the responsible owners of the site to take up this issue with Tech Support. Sales has no ability to address this situation. We regret any inconvenience this might cause.

Explore our customer manual:
http://wiki.site5.com/ Larry HufstedlerCustomer ServiceSite5 Internet Solutions, Inc.
http://www.site5.com
Ça m’aura donc permis de lancer ce blogue sur un troisième site (Blogger), mais quand même, certains de mes amis ont suggéré des choses, du genre qu’un certain Big Brother aurait pu manipuler le web, pour faire disparaître mon blogue… une mise en demeure, apportée par un huissier, serait beaucoup plus efficace.

samedi, septembre 01, 2007

Hey, où est mon site?

Un mauvaise surprise m’attendait jeudi soir, lorsque j’ai voulu ajouter un texte à mon blogue. Le site que j’utilise habituellement, blogue.ca, est disparue… le message a de quoi être inquiétant :
Forbidden
You don't have permission to access /accueil.php on this server.


Heureusement que j’ai archivé tous mes textes sur mon site “back-up”, soit celui de blogg.org. C’est donc là que vous pourrez trouver les autres trucs que j’ai écrits, notamment ceux qui m’ont mené à mon congédiement, ainsi que bien d’autres sur ma petite vie quotidienne de vieux garçon.

Quand même, je pense à tous ceux qui me lisent habituellement sur blogue.ca, je vais essayer de contacter ceux que je connais les adresses, mais pour les autres, il faudra qu’ils cherchent un peu. Éventuellement, quand ça sera revenu à la normale, j’aurais donc TROIS endroits à placer mon texte… le troisième est blogger.com, où j’ai un site que j’ai décidé de réanimer. D’ailleurs, il me semble un peu plus facile à utiliser. Mais si ça ne revient pas, tel que je le crains, je pense que c’est foutu pour plusieurs de mes amis, Miss50Cents, Arthur, Celle, UneFemmeLibre, SaintePaix, Jojo, Torment… j’espère de tout cœur que ce site reviendra.

Que d’excellentes surprises!

Alors que je m’inquiétait un peu de pouvoir payer mes factures, dont le montant s’accumulait sur chacune d’entre elle, j’ai eu coup sur coup des fonds inattendus. D’abord, j’ai eu un autre montant de l’assurance-emploi, alors que je l’attendait la semaine prochaine. Ça me permet de souffler un peu, en attendant mon salaire de mes semaines. Mais ça n’allait pas s’arrêter là. Un chèque m’attendait dans ma boîte à lettre, le remboursement de la TVQ. Et dans sac, je transportait le généreux cadeau de mon nouvel employeur, 100 dollars en chèques, échangeables à mon épicerie du coin. De plus dans la journée, j’ai eu la réponse de Jacques, mon proprio, pour décaler de deux semaines le paiement de mon loyer. Je vais donc pouvoir rembourser une bonne partie de la dette accumulée, auprès des compagnies fournisseuses de mes services et payer ma passe de métro sans trop me priver.

Je reviens sur le boni de mon employeur, reçu à la fin de mon quart de travail. Dans la journée, nous n’avions pas pris de pause dîner, mais on a eu le lunch payé, afin de pouvoir rattraper les importants retards que nous avions depuis le début de la semaine. Ces retards, causés par la réorganisation des services de l’entreprise, nous ont donné beaucoup de soucis et un casse-tête perpétuel, on a tellement reçu d’appels de clients inquiets de ne pouvoir obtenir à temps leurs marchandises que la pression était palpable. Ce boni est une excellente façon de nous remercier de nos efforts. D’après mes collègues, la situation dans laquelle nous sommes actuellement est difficile mais ça devrait revenir à la normale dans deux semaines. Moi qui n’a connu que cette folie depuis lundi, ça m’amène à croire que le retour à la normale va me faire apprécier énormément ce nouvel emploi. Et ça m’aide à supporter l’idée de porter la cravate, des fois où le haut clergé de la clientèle viendrait nous dire un petit bonjour…

Un nouveau truc de Renaud-Bray...

J’ai eu une petite fête chez une collègue d’une autre succursale, Caroline, qui m’a invité à pendre la crémaillère de son nouvel (et très joli) appartement. Plusieurs autres employés de la librairie étaient présents, vous imaginez bien qu’il a été question de la job et de la nouvelle saison littéraire et tout le tralala. Ce que je ne m’attendait pas, c’est lorsque mes ex-collègues m’ont présenté la dernière lubie de mon bon patron. La semaine dernière, il y a eu la distribution d’un code de conduite imposé par la direction de l’entreprise, dans une belle petite brochure verdâtre et drabe, à tous les employés. On y retrouve des choses aussi intéressantes que les interdits vestimentaires (les gougounes, les tites camisoles, les t-shirts avec des inscriptions offensantes…), les interdictions à parler avec ses collègues au travail, les interdiction de manger et boire sur le plancher de travail, les interdictions de péter de travers, etc. Je vais m’arranger pour en obtenir une copie, afin d’être plus précis la prochaine fois que je vais écrire là-dessus. Nul doute que le moron qui sert de Big Brother à mon ex-patron va se jeter là-dessus va tout rapporter à ses maîtres.

Hey, Big, tu me lis toujours? Fuck you!

Une bonne nouvelle!

Le jugement invalidant la loi 104, empêchant aux parents d’enfants envoyés un an à l’école anglaise privée le droit d’obtenir l’éducation en anglais pour eux et leurs descendants, colmatant ainsi une brèche dans la loi 101, a été suspendu par un autre juge de la cour d’appel du Québec. On se rappelle qu’un des juges ayant permis d’invalider cette loi était autrefois un des avocats d’Alliance Quebec, le défunt lobby des anglophones, et avait lui-même participé à la saga des contestations de la loi 101 devant les tribunaux.

J’ai vu la face dépitée de Brent Tyler aux nouvelles, l’avocat qui pilote les attaques contre la Charte depuis des années, au nom du droit à tous de choisir la langue d’enseignement à ses enfants, au mépris de la protection de notre langue, dans cette mer anglo-saxonne qu’est l’Amérique du Nord. Toujours aussi sympathique, l’ex-président D’Alliance Quebec, qui a précipité la chute de cet organisme, lorsque l’ensemble des associations anglophones québécoises l’ont quitté, dégoûtées par l’imbécillité de cet « angryphone » nostalgique du temps où le Québec s’assimilait tranquillement mais sûrement à la langue anglaise. Surtout, Tyler et ses semblables, par leur action juridique, cherche à ramener la langue française à ce qu’elle était autrefois, la langue du pauvre et du sans instruction et la langue anglaise, la langue unique pour faire des affaires.

Quand ils évoquent la tragique disparition de l’anglais au Québec, je me demande bien sur quel drogue ils planent, Tyler et compagnie. Encore aujourd’hui, ça prend un peu de patience à se faire servir en français, même dans mon coin. Remarquez, ça devait être pire autrefois mais justement, je n’ai pas envie de voir la situation se détériorer. Ce jugement inconsidéré de la semaine dernière est un véritable danger pour la survie de la langue et une négation des trente années d’effort à conserver cette langue vivante, en amenant les néo-Québécois à apprendre le français par le biais de nos institutions scolaires. Revenir en arrière, c’est revenir à insulter tous ces gens ayant eu leur éducation en français, ceux que l’on appelle les « enfants de la loi 101 ».

Tyler, me lis-tu? Fuck you too!

Les 25 ans du métal au Québec.

Pour ceux que ça peut intéresser, Radio Canada a réalisé un reportage sur les 25 ans de la musique métal québécoise. Le reportage diffusé mercredi soir raconte brièvement la petite histoire d’un genre méconnu et ayant eu longtemps une très mauvaise réputation. Je me sens concerné, évidemment, en tant que fan et aussi pour avoir gueulé au micro dans un groupe death metal entre 1992 et 1997. Même si ce groupe, Betrayed Legion, n’a eu que le succès des shows qu’il a fait en première partie de groupes comme B.A.R.F. ou Cryptopsy, ça reste longtemps dans la mémoire.

Quand j’y pense, ça ne fait pas loin de ça, 25 ans, que je m’achète des disques et que j’écoute du métal et du punk. Hé ben! Ça passe vite!

J’ai trouvé ce texte sur le site de Radio-Canada:

Métal québécois

Un quart de siècle de rock corrosif
Un texte de Marc-Antoine Ménard

Nous sommes en 1982. Le rock québécois se résume à Corbeau, Offenbach, April Wine et Men Without Hats. Mais est-ce vraiment tout? Non!

Quelque part à Jonquière, au Saguenay-Lac-Saint-Jean, Denis « Snake » Bélanger, Denis « Piggy » D'Amour, Michel « Away » Langevin et Jean-Yves « Blacky » Thériault forment le groupe métal Voïvod. Ces musiciens, gavés de hard rock/métal britannique et de musique progressive des années 70, et créateurs d'un style où l'énergie se marie avec la dissonance, ne se doutent peut-être pas qu'ils changeront le Québec musical souterrain au point d'en élargir les frontières.

En 1984, le promoteur Maurice Richard, qui accompagne le groupe de reprises hard rock/métal Helter Skelter dans sa tournée des bars, entend parler de ce groupe saguenéen: « Il ne parlait pas un mot d'anglais et a décroché un contrat avec l'étiquette Metal Blade Records. Ça m'a jeté sur le dos. » Aujourd'hui, en 2007, Maurice Richard et ses productions Rockatak organisent, vendredi, samedi et dimanche prochains, une célébration des 25 ans du métal québécois, dont il attribue en quelque sorte la paternité à Voïvod.

« Ils ont été le premier groupe à arriver avec des compositions originales. Ç'a été l'élément déclencheur de tout ce qui se passe aujourd'hui dans le métal au Québec. Quand quelqu'un réussit quelque chose, ça motive tout le monde. Ils ont ouvert la route, mais ils ont aussi dit aux groupes qu'il fallait être original. »
— Le promoteur Maurice Richard

L'appel de Voïvod a été entendu. Si les années 80 ont été un « début difficile », selon Maurice Richard, les années 90 ont vu la scène québécoise s'améliorer et se diversifier. D'abord avec Gorguts, groupe inspiré par la vague death métal venue de Floride, et devenu par la suite, avec son mythique album Obscura, « le fer de lance du death québécois ». Puis, avec Obliveon, qui mélangeait le thrash des années 80, ainsi que le death des années 90, avec un côté plus progressif et expérimental.

Toutefois, l'intérêt des maisons de disques pour le métal décline au milieu de la décennie, emportant plusieurs groupes avec lui. « Obliveon est peut-être le groupe le plus talentueux à être sorti du Québec. Mais malheureusement pour eux, après avoir décroché un contrat avec Active Records, au Royaume-Uni, ça n'a jamais levé. Dans le mot show-business, il y a le mot business », résume Maurice Richard.

Les années 2000 amènent une résurgence certaine du style, et une présence de plus en plus affirmée des groupes québécois sur la scène internationale. Les plus visibles sont Cryptopsy et Kataklysm. Après avoir adopté un style brutal et extrême au début de sa carrière, ce dernier quatuor écoule aujourd'hui au moins 30 000 exemplaires de ses albums dans le monde, un exploit lorsque l'on appartient à l'underground musical.

« Depuis 2001, ils ont expérimenté davantage, tout en devenant plus accessibles, ce qui ne veut pas dire commercial », commente Stephan Mellul, président de Brave Concerts International (BCI), principal producteur de spectacles métal au Québec.

L'unique Piggy

Retour à Voïvod, et à son guitariste Piggy, mort d'un cancer en août 2005, auquel un hommage sera rendu samedi soir. Selon Steeve Hurdle, ancien membre de Gorguts et fondateur de Negativa, groupe vedette de dimanche soir, Denis D'Amour n'était pas qu'un bon mélodiste, malgré cette agressivité inhérente au métal.

« C'était un explorateur sonore guitaristique. Il inventait ses accords, des textures de son. Il avait une manière unique d'articuler ses accords, d'attaquer les cordes », explique le musicien. D'après le guitariste de Negativa, les groupes du Québec se caractérisent par leur originalité et leur palette de styles.

« Notre identité ici, ce qui fait que d'autres nous demandent ce qu'il y a dans notre eau, on dirait que c'est parce que les groupes se sont dit qu'il fallait être original comme Voïvod. Moi, dès le départ, j'ai voulu faire différent. Negativa s'éloigne d'ailleurs des voix death pour aller vers quelque chose de plus progressif, de plus atmosphérique.»
— Steeve Hurdle, de Negativa

Aujourd'hui, plusieurs groupes québécois au son distinct, notamment Neuraxis, Despised Icon, Unexpect, Ion Dissonance et Beneath the Massacre, ont de bons contrats de disques leur donnant une distribution à l'étranger. « On va peut-être créer une tendance ici même au Québec », s'enthousiasme Steeve Hurdle.

Pôle d'attraction au Canada

« Sans vouloir faire de politique, nous sommes une société distincte. Le Québec est une plaque tournante. Nous avons une ouverture différente de celle des Américains. Nous sommes du monde cool, à la base », dit Maurice Richard au sujet de la spécificité de la scène québécoise, qui s'étend de Montréal à Rouyn-Noranda, en passant par Québec.

Une scène en santé, si on en croit Stephan Mellul, qui organise des concerts dans des salles parfois aussi grandes que le Medley ou le Metropolis, à Montréal. « Pour une organisation qui fait du métal seulement, on est correct financièrement. Au moins la moitié de nos concerts affichent complet », dit-il.

Après une période un peu plus creuse du milieu à la fin des années 90, l'intérêt des groupes étrangers à venir se produire à Montréal et au Québec a décuplé au tournant du millénaire. « Le boom est survenu en 2002. Les groupes veulent davantage tester leur marché maintenant », explique le président de BCI, entreprise fondée en 1994.

Ainsi, des groupes scandinaves comme Children of Bodom et Dimmu Borgir sont passés en quelques années de l'intimité des Foufounes électriques, haut lieu de la culture parallèle à Montréal, aux 2300 places du Metropolis. De même, des groupes power métal comme Blind Guardian et Gamma Ray se sont produits au Medley, d'une capacité de plus de 1500 personnes.

Et contrairement à ce qu'on pourrait penser, le Québec est beaucoup plus aligné sur le marché européen du métal que sur celui des États-Unis. « On peut voir à l'avance ce qui va fonctionner dans les prochains mois. Les gens sont plus sélectifs. Les groupes qui font une fusion de deux ou trois styles, lorsque c'est bien fait, auront du succès », ajoute le producteur.
Une bonne nouvelle pour le métal québécois, donc? « Lorsque j'ai la chance de permettre à un groupe d'ici de jouer en ouverture d'un spectacle étranger, je le fais. On en a vraiment de tous les styles, ici, on a beaucoup, beaucoup de qualité. Quand les Canadiens d'autres provinces parlent de la scène métal, il parlent surtout de celle du Québec », conclut Stephan Mellul.

mercredi, janvier 10, 2007

Renaud-Bray, au bord du gouffre?

Une information primordiale a été confirmée aujourd’hui. Notre employeur, Renaud-Bray, s’en va vers un déficit record, des pertes nettes de plusieurs millions de dollars. Nous anticipons des coupures dans tout le réseau des librairies.

Renaud-Bray est la plus grande chaîne de librairies au Québec. Après avoir frôlé la faillite en 1996-97, elle a considérablement grossi, suite à la fusion avec les chaînes Champigny et Garneau en 1999. Cette fusion, avec l’apport important du Fonds de Solidarité de la FTQ, devait sauver les chaînes de leur éventuel achat par les entreprises nord-américaine, évitant ainsi le risque de vois la culture littéraire francophone être reléguée dans les arrières-boutiques. La fusion des chaînes Chapters, Indigo et Coles a été la suite logique au Canada anglais, dans la crainte de l’implantation des grandes compagnies américaines. Renaud-Bray a pris de l’expansion et a commencé à dégager un profit dès 2001, jusqu’en 2005. Fortes de 26 succursales, l’entreprise a pris une situation presque monopolistique, celle-ci est empêchée par la compétition menée par les magasins Archambault et les grandes surfaces, dans la vente des best-sellers.

Le problème est la gestion calamiteuse de cette entreprise. En dépit de son statut de grande entreprise, la gestion a été surtout une question familiale. Outre le président, Pierre Renaud, on retrouve plusieurs membres de sa famille au sein des instances de décision commerciales. D’autres proches sont également à des postes de décisions, sans pour autant avoir eu une formation adéquate ou, pire, une expérience de travail digne de ce nom. Malgré le chiffre d’affaire de plus de 120 millions de dollars, malgré les ventes de Noël, l’entreprise a accumulé un déficit tel, on ne pourrait même dire si elle va s’en sortir à nouveau. La quantité faramineuse de produits achetés pour le secteur cadeaux cette année, notamment par le fils de Pierre Renaud, explique en partie ce déficit. Des achats si absurdes, avec des quantités difficilement retournables, sont responsables d’une part des problèmes financiers.

Ces achats sans contrôles n’ont pas pu être modérés ni amortis à la base. Renaud-Bray a adopté une gestion verticale, en mettant de l’avant une planification cherchant à uniformiser les succursales, malgré les différents secteurs où elles sont installées. Cette stratégie commerciale, privilégiant essentiellement l’offre plutôt que la demande, a amené un maintien des incompétences flagrantes, commises par des gens n’ayant aucune idée de ce qu’il se passe dans les succursales. Les vendeurs, malgré la présence de nombreuses personnes compétentes et d’expérience, sont mis à l’écart de toute décision. Pis encore, il s’est développé une culture du mépris envers les travailleurs des succursales, par les instances de décision commerciale. Le conflit de travail de l’an dernier n’est que la pointe de l’iceberg. Jamais l’entreprise a tenté de renouer avec ses employés des succursales en conflit l’an dernier, elle s’est contentée de faire comme si les négociations conclues avaient réglées tous les problèmes vécus par les employés. Ailleurs, les employés non-syndiqués subissent de plein fouet des politiques vexatoires, au point où le renouvellement des effectifs sont perpétuels dans les commerces.

On devrait en savoir plus long sur les coupures budgétaires dans les prochaines semaines. Pour conserver les apparences, il n’y aura aucune fermeture de succursale. Cependant, nous devons craindre des coupures de temps travaillé et/ou d’heures d’ouverture. La décision de ne permettre qu’une seule visite du camion des échanges inter-succursales, au lieu de deux, de même que les mises à pied à l’entrepôt principal nous font craindre le pire. Évidemment, ce n’est pas les responsables des incuries qui vont écoper…

lundi, novembre 27, 2006

Le fiasco iraquien coûte le congrès à Bush


L’élection de mi-mandat aux États-Unis a fait naître chez bon nombre d’observateurs de gauche et anti-impérialistes une certaine espérance. Celle-ci s’est concrétisée avec la démission dès le lendemain de l’acteur le plus symbolique de la politique étrangère impérialiste de l’administration Bush, l’inflexible ministre de la défense, Donald Rumsfeld. La victoire permettant au Parti démocrate de contrôler les deux chambres du congrès américain permet également de rêver à l’amoindrissement du pouvoir présidentiel de George W. Bush. Le pouvoir de la Chambre des représentants sur le budget, et celui du Sénat sur les diverses nominations, seront des obstacles de taille pour Bush et son équipe. Le président américain n’ayant plus la capacité de mener à bien les politiques extrémistes de son cabinet, tant en politique étrangère qu’en politique intérieure et en gouvernance, il est à croire qu’il se tiendra tranquille pour le reste de son mandat.

Pourtant, avant de se féliciter d’un quelconque virage à gauche de la société américaine, il faut prendre conscience des significations les plus tangibles de l’élection du 7 novembre dernier. Comment peut-on aborder la vie politique américaine, là où rien ne se passe comme ailleurs, avec ses élections réglées par la constitution, son bipartisme institutionnalisé depuis des générations, où en une soirée l’électeur doit se prononcer non seulement sur le mandat de plusieurs personnes, mais aussi sur des questions litigieuses amenées par référendum? Il est donc intéressant d’évaluer les espoirs, mais surtout les réserves, envers le retour en force des élus démocrates au pouvoir.

La fin du néo-conservatisme?
La défaite électorale des républicains est d’abord et avant tout attribuée à l’enlisement des troupes américaines en Irak. Il ne fait aucun doute, la majorité des électeurs, surtout les démocrates mais aussi les électeurs indépendants (non-affiliés avec les deux principaux partis) ont été motivé de voter contre Bush sur la question irakienne. Avec un bilan calamiteux en morts de toutes parts, de même que l’absence d’amélioration aux plans politique et social sur le terrain, la hausse vertigineuse des dépenses, une série de scandales (les actes de torture, les pratiques insensées menées par les militaires américains à la prison d’Abu Ghraib), l’absence de preuve sur la possession par l’Irak d’armes de destruction massive, le bilan était trop lourd à soutenir. Bon nombre d’électeurs républicains ont aussi contribué à sanctionner l’administration Bush, en votant contre ses représentants ou en s’abstenant de voter.

Une fois la punition infligée et le responsable désigné, Rumsfeld, « démissionné » de ses fonctions, comment le président Bush et sa garde rapprochée vont-ils désormais mener leur politique? Au mieux, pour les progressistes de tous les pays, ils vont devoir diriger avec la menace annoncée de devoir rendre des comptes dans les deux prochaines années, par le biais des commissions du Sénat et de la Chambre. Plusieurs élus démocrates et des républicains modérés souhaitent faire la lumière sur les circonstances entourant le déclenchement de la guerre en Irak. Mais on ne devrait pas nécessairement voir cela à très court terme. Les démocrates ont d’or et déjà annoncé qu’ils chercheront davantage à collaborer avec la Maison Blanche, afin de sortir le pays du bourbier de façon plus efficace. La question de la destitution du président (empeachement) ne sera pas sur la table. On peut tout de même penser à un retrait progressif de l’Iraq, mais vraiment pas pour demain.

Il est évident pour l’administration Bush qu’elle devra se départir de ses attitudes impérialistes les plus visibles, dans un contexte exigeant justement le contraire. Comment rendre un discours cohérent de sa part, après six ans de défiance envers tous ses adversaires, alors que les électeurs viennent de désavouer lourdement le néo-conservatisme? La poursuite des politiques suivant la logique de la « guerre contre le terrorisme » et « l’Axe du mal », avec en prime la montée des périls en Iran, au Liban, dans le Caucase et les pantalonnades de la Corée du Nord a demandé un investissement tel qu’on ne peut régler ces problématiques de façon cavalière.

D’une part, l’Irak est dans un état larvé de guerre civil (encouragé par les politiques de division ethniques et religieuses des Occupants et le clivage résistants vs collaborateurs). La plupart des Démocrates ne voient pas la solution dans un retrait unilatéral des troupes américaine et alliées, en laissant aller la lutte entre les factions et la chute probable du gouvernement, sans aucune forme d’intervention. Il faut admettre que la population n’a pas majoritairement demandé cette solution par son vote, elle a demandé une solution au bourbier, mais pas le repli dans le désordre. La psyché populaire n’a pas oublié le retrait précipité du Vietnam et ses boat-peoples.

D’autre part, la politique étrangère menée par Bush a rompu avec ses prédécesseurs par le néo-conservatisme, mais sa succession devra trouver une solution entre le bellicisme issu de cette vision du monde et le retour à la vision à laquelle nous étions habitués (sous Bush père et Clinton), soit le néolibéralisme multilatéral, qui privilégie le libre-marché et la création de richesse (air connu) pour instaurer la « démocratie ».
À court terme, nous ne devrions pas voir un changement brutal, mais plutôt progressif, l’estompement graduel des politiques néo-conservatrices des idéologues de l’équipe Bush. Six ans de gâchis ne peuvent disparaître aussi rapidement que nous le souhaitons. Et Bush voudra sauver la face en maintenant au moins l’apparence d’une certaine continuité.

Un virage à gauche? Non, juste un peu moins à droite…
Va-t-on voir une amélioration de la situation politique et sociale aux États-Unis, pour les milliers de travailleurs précaires, les mères monoparentales, les immigrants de tous les statuts, les minorités, etc.? Rien n’est moins certain. Il reste deux ans au mandat du président Bush, le président situé le plus à droite depuis des générations. Celui-ci peut court-circuiter tout le processus législatif, en dépit de la double majorité démocrate au Congrès, par son droit de veto prévu dans la constitution. Étant donné son caractère brouillon, on ne pourra être surpris d’une attitude belliqueuse de sa part. Aussi, on ne peut être certain du caractère progressiste de la représentation. Le Parti démocrate s’est assuré, pour sa victoire, de présenter bon nombre de candidat aux convictions les plus modérées (incluant des fondamentalistes chrétiens). C’est ainsi que l’expression de Noam Chomsky pour qualifier les partis américains, le « parti unique bicéphale » prend tout son sens.

La victoire du Parti démocrate est tributaire de la présence de candidats fortement modérés. Certes, la présence de la nouvelle présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, une personnalité nettement de gauche pour son parti (pour le droit à l’avortement et les droits des homosexuels notamment), a permis de ranimer l’optimisme et l’espoir chez les observateurs progressistes, mais elle cache le conservatisme économique de la grande majorité des représentants, quand il n’est pas également marqué au plan social. Des congressistes comme Tammy Duckworth (Illinois), Tim Mahoney (Floride), les nouveaux sénateurs Jim Webb (Virginie) et Bob Casey (Pennsylvanie) sont toutes des personnalités très modérées, issues dans certains cas du Parti républicain.

Le parti Démocrate doit également sa victoire à l’effondrement de la coalition républicaine marquée par le conservatisme religieux, qui a mené les politiques du pays depuis l’avènement des majorités républicaines il y a 12 ans. Les nombreux scandales à caractère sexuel et de corruption de la dernière année, touchant des personnalités proche du pouvoir, ont éloigné des urnes les voix fondamentalistes nécessaire à l’administration Bush. En fait, pour bon nombres de candidats, il suffisait de préciser qu’ils n’étaient pas eux-mêmes des fondamentalistes, en fait, moins à droite que leur adversaire…
Plusieurs républicains ont sauvé leur peau en prenant toute la distance qui était possible avec Bush et son gouvernement. Une manœuvre que le système présidentiel permet et qui est serait impensable dans le système politique canadien.

En somme, c’est l’invasion de l’Iraq, que Bush et les néoconservateurs voyaient comme leur plus grande réussite, qui a provoqué la marée bleue des démocrates. La victoire sénatoriale cruciale en Virginie, la plus serrée et celle qui a finalement réduit le contingent républicain à 49 contre toute attente, a été emportée par un ancien républicain qui se promenait d’une assemblée publique à l’autre en brandissant une paire de bottes appartenant à son fils, un militaire basé en Iraq. Tout un symbole!

PS: merci à Benoît Renaud pour sa contribution à ce texte.

jeudi, octobre 12, 2006

L'exemple britannique

La lutte contre l’immobilisme. Désormais, on retrouve le même mantra au Parti québécois. Lors de l’élection partielle du 14 août, en guise de discours victorieux, André Boisclair a asséné à son auditoire un laïus connu chez les libéraux, à savoir que « seule » une économie libérée de l’immobilisme peut amener la richesse pour tous. Les paroles ont probablement été cogitées par l’Institut économique de Montréal (IEDM), celui-ci ayant désormais l’un des siens pour conseiller le chef du PQ en économie, répondant au nom de Daniel Audet. Nul doute sur la construction de la plate-forme économique du Parti québécois : elle va ressembler étrangement à celle des deux autres partis libéraux. Si ce n’était de la question nationale, nous aurions vraisemblablement un parlementarisme bien anglo-saxon, à savoir un semblant de débat au sein d’un parti unique bicéphale ou encore tricéphale au Québec, avant la disparition annoncée de l’ADQ lors des prochaines élections.

Au Parti libéral du Québec, l’aile jeunesse a sonné la charge contre l’immobilisme lors de son dernier congrès, allant même d’une proposition des plus inquiétantes, une loi de la déréglementation généralisée. La « Charte des grands projets », ayant pour fin de contrecarrer toute forme d’opposition populaire aux promoteurs, a été la pièce maîtresse de ce congrès. Il ne faut pas s’étonner de l’agressivité militante des jeunes libéraux : les positions néo-libérales proviennent de la formation économique de ces jeunes patrons en devenir. Sous la houlette de Simon Bégin, l’élève studieux de Réjean Breton1, le sympathique prof freak anti-syndicaliste de l’Université Laval, les jeunes libéraux se sont mêmes démarqués par leur absence de pragmatisme politique. Ils sont allé jusqu’à créer une gêne chez leurs aînés, par cette charte et par d’autres positions passées, telle l’abolition de la clause Rand dans les lois du travail l’an dernier, de façon à ébranler de façon définitive les acquis des travailleurs syndiqués. Sans aucun doute, les jeunes libéraux connaissent leur évangile de la création de la richesse.

C’est ainsi que se mesure toute l’influence du thinks tank en politique active, lorsque l’IEDM arrive à voir ses positions défendues par les trois partis politiques représentés à l’Assemblée nationale. Nos pires craintes d’une destruction hâtive du tissu social, à la suite de la prise du pouvoir par le PLQ en 2003, ne se sont peut-être pas matérialisées, mais nous ne perdons rien pour attendre. Peu importe un second mandat du PLQ ou un premier mandat du PQ, l’exemple anglais nous rappelle l’éventuel établissement de ce qu’on pourrait appeler le néo-libéralisme « réel », le paradis des investisseurs établi enfin en Occident. Il a fallu un second mandat des conservateurs en Grande-Bretagne, dans des conditions favorisées par les médias et les conditions économiques de l’époque, pour y voir surgir une société désormais vouée à l’enrichissement des quelques plus riches au détriment de tous, pour le bien-être commun...
Un rappel est utile ici, afin de démontrer la dangerosité de laisser les thinks tank manipuler l’opinion comme l’IEDM le fait, par l’entremise des ses membres et anciens collaborateurs disséminés à travers la scène publique.

Le premier de ces instituts d’économistes néo-libéraux anglais a été l’Institute of Economic Affairs, fondé en 1955 à la suite du progrès des idées keynésiennes au sein de l’establishment britannique. Ses membres étaient issus de la Société du Mont-Pelerin, la création de Friedrich von Hayek. L’objectif premier de l’IEA a été la « destruction à tout jamais du socialisme » (selon l’expression d’un de ses fondateurs, Arthur Seldon) et de « ramener l’influence des syndicats et du travaillisme à une pluralité de façade »; il a fallu attendre au moins une vingtaine d’années à l’IEA afin de pouvoir mettre en pratique les idées prêchées dans le désert. Il faut souligner qu’outre le socialisme, les politiques économiques inspirées de la pensée de John Maynard Keynes et le consensus autour de l’interventionnisme sont concrètement les édifices à abattre. L’IEA, par un réseau d’influence au sein du Parti conservateur et dans les grands quotidiens, s’est employé à vulgariser la pensée d’Hayek et a pu obtenir, dès le début des années 70, une assise relativement acceptée dans le paysage politique. Cependant, le contexte économique n’était pas favorable à la contestation contre l’interventionnisme et, en dehors du milieu des affaires et de la droite, les idées néo-libérales n’ont pas eu beaucoup d’échos. Dans le milieu universitaire, les idées d’Hayek n’ont aucun appui, tant elles sont issues d’une conception erronée : l’Angleterre de « l’âge d’or » imaginée par Hayek, soit avant la légalisation des syndicats par le gouvernement en 1906, n’a aucun fondement historique.

Suite à la défaite électorale de 1974 devant les travaillistes, les conservateurs ont vu émerger de leurs rangs les partisans du néo-libéralisme, dans le contexte des premiers ratés du keynésianisme. C’était le début de la longue de période de stagnation économique qui perdure jusqu’à aujourd’hui. L’arrivée à l’avant-scène de Margaret Thatcher et de sa suite de politiciens néo-libéraux a permis également la constitution du Centre for political studies, créé en complémentarité avec l’IEA. Le CPS, mené directement par Thatcher et Keith Joseph, son mentor intellectuel, a permis d’articuler en termes politiques la pensée de l’IEA et a constitué la plate-forme économique du Parti conservateur. Il a bénéficié largement du relais médiatique, dans un contexte où les travaillistes ont eu de graves difficultés à diriger le pays soumis à la stagflation (stagnation plus inflation) et à des grèves répétées. Les solutions économiques du CPS, rapportées par les médias et le réseau d’influence affairiste et devenues ainsi « respectables », ont amené la petite bourgeoisie, la classe d’où proviennent les politiciens comme Thatcher, à renier le consensus keynésien de l’après-guerre au profit du néo-libéralisme. Cette classe sociale a permis le retour des conservateurs en 1979, devant la déroute travailliste devant les grèves, notamment celles des mineurs, et l’insatisfaction généralisée et encouragée par les médias privés.

À l’arrivée au pouvoir de Thatcher, aucun doute ne subsistait quant à la proximité des thinks tanks auprès de son gouvernement. Dans son premier mandat, les résultats du redressement économique a permis une certaine autosatisfaction, en dépit du caractère anti-démocratique des politiques anti-syndicales imaginées par le CPS et appliquées de façon intégrale. Il faudra attendre le second mandat, lorsque Thatcher a écarté la tendance conservatrice traditionnelle de son cabinet au profit de la tendance néo-libérale, pour voir de façon nette l’idéologie au pouvoir. Tous les conseillers du cabinet Thatcher étant issus de l’IEA et du CPS, l’appareil d’État n’a eu autre choix que de se plier aux politiques conçues parfois même directement au CPS. Au dire des membres de ce thinks tanks, les idées apparaissant les plus controversées la veille se retrouvaient discutées au cabinet du Premier ministre le lendemain et adoptées pratiquement tel quel. Un des collaborateurs les plus proches de Thatcher durant ces années, Alan Walters, provenait du CPS et était directement payé par celui-ci et par le British United Industrialists, le principal lobby patronal en Grande-Bretagne. À titre indicatif, c’est durant son second mandat que Margaret Thatcher a lancé son fameux mot d’ordre : « Il n’y a pas de société, il n’y a que des individus ». Cette petite phrase contient en elle toute l’orientation idéologique de la « Dame de fer » et de son équipe d’idéologues.

Le bilan des années Thatcher a été très lourd pour les humbles en Grande-Bretagne : privatisation tout azimut, larges coupures des services publics, soutien social amenuisé, appauvrissement des travailleurs et paupérisation galopante. L’origine du phénomène des « working poors » est britannique, où des milliers de travailleurs n’ont aucun espoir d’améliorer leur sort malgré le fait d’être salariés. Pourtant, le paradis du néo-libéralisme, malgré son inhumanité, a exporté ses recettes, par le biais des réseaux de thinks tanks disséminés en Occident. Anthony Fisher, un riche homme d’affaires convaincu des idées de Hayek, a personnellement mené à la création d’instituts semblables à travers les pays occidentaux et plus tard en Europe de l’Est, à travers l’International Centre for economic policy studies et l’Atlas Foundation. On lui doit notamment la création du Fraser Institute à Vancouver, et lui-même va générer « notre » IEDM. Partout, la recette dont on a fait pâtir les Britanniques est relayée par nombre de journalistes et de collaborateurs de ces instituts, afin de vendre l’inévitabilité de la « réforme » économique, dont l’origine provient de l’expérience des années Thatcher.

Nous voyons quotidiennement les prémisses de l’implantation idéologique du néo-libéralisme. Relayée autant par des columnistes comme Alain Dubuc, des chroniqueurs réguliers de l’IEDM comme Nathalie Elgraby (partisane de l’abolition du salaire minimum au Québec, afin de réduire le chômage2…), un président du CPQ et un ministre fédéral issu des rangs de l’IEDM (Michel Kelly-Gagnon et Maxime Bernier), un député indépendant démagogue et libertarien comme André Arthur, etc., la pensée de Hayek n’a plus beaucoup de temps à attendre son application politique visant à transformer le Québec en un autre paradis de l’investissement. Et à leur tour, les Québécois seront divisés en trois catégories, comme en Grande-Bretagne et ailleurs : la petite minorité des très riches, de laquelle les deux autres groupes majoritaires, les travailleurs précaires et les très pauvres, devront attendre la richesse créée, provenant du phénomène de l’écoulement décrit par les néo-libéraux, les miettes de tables en somme.

« L’idéal est un monde sans syndicat, où chacun se soumettrait aux coups de la main invisible du marché, acceptant un ordre naturel dans lequel les entrepreneurs jouiraient de la reconnaissance de tous. »-Friedrich von Hayek

1 Rappelons à nos mémoires les titres constituant l’œuvre de ce sinistre individu, Les monopoles syndicaux dans nos écoles et dans nos villes (1999) et Le National-Syndicalisme (2001), aux éditions Varia, de même que ses passages à TQS et CHOI-FM pour délirer sur le grand complot syndicalo-péquiste…
2 Nathalie Elgrably, Les effets pervers du salaire minimum, Le Journal de Montréal, p. 24, 03 mai 2006 (http://www.iedm.org/main/show_editorials_fr.php?editorials_id=399 )

lundi, juin 19, 2006

Business über Alles

Le ton se durcit à la Presse. La voix de son maître, Alain Dubuc, encouragée par son succès en librairie avec son Éloge de la richesse, a été plus loin que je pouvais l’imaginé chez ce columniste. Alors qu’il se défend bien d’être un néo-libéral, en condamnant dans son livre l’expérience vécue en Grande-Bretagne sous Margaret Thatcher, Dubuc écrit le contraire dans son éditorial du 10 juin. On découvre l’erreur de son éditeur, pourtant logé à la même enseigne (propriété de Gesca), lorsque le livre a été publié. Le titre aurait dû être Éloge des riches. Une erreur de l’éditeur, sans doute.

Le grand columniste a donc enfoncé le clou sur la gauche dans son ensemble, en la qualifiant de « racines de l’immobilisme ». C’est la grande mode chez les amis de la richesse et de ses créateurs de nommer ainsi ceux qui s’interrogent sur les projets de développement économique. « That’s progress » nous disent les créateurs, on n’a donc pas à être opposés, « ils » sont le progrès. La gauche, selon lui, obtient trop souvent l’attention des médias alors qu’elle n’a pas de représentation véritable dans la population. Les créateurs de richesse et ses partis politiques, de toute évidence, n’ont que des entrefilets dans les journaux, surtout dans les pages de la Presse…
Dubuc en rajoute avec son interrogation sur les bases de Québec Solidaire et les groupes sociaux. Pour lui, les « citoyens », la « démocratie » et le « projet » sous-entendus chez la gauche ne sont que des versions dépoussiérées des discours communistes d’Europe de l’Est. Lorsqu’il s’en prend au projet alternatif que le POPIR propose, en lieu et place du projet de condos de luxe dans le quartier Saint-Henri et la gentrification inévitable qu’il apporte à sa suite, c’est pour le dénigrer comme un projet de type soviétique, inhumain et voué à l’échec. L’opposition de la gauche serait pour lui du populisme, comme si la gauche représentée par Québec Solidaire a déjà formé le gouvernement dans le passé mais aurait oublié toute forme de pragmatisme. C’est faire un raccourci sur le type de campagne électorale dont nous a habitué le chef du Parti libéral, Jean Charest. D’ailleurs, il faudra s’attendre à entendre de la bouche de ce dernier les mot « immobilisme » et « immobiliste » à tous ses discours, lors du prochain scrutin. Que disait-on déjà, sur la voix de son maître?

Comme les autres meneurs de claques de la droite libérale, Dubuc fait abstraction de l’Histoire. La montée de l’industrialisation au XIXe siècle a amenée en parallèle celle de la revendication politique et sociale, au gré des bouleversements sans égards aux populations. Qualifier ainsi d’immobilisme la position de la gauche et des groupes sociaux, c’est nier la possibilité des dérapages des projets du milieu des affaires, comme si ce dernier ne pouvait errer ni créer une quelconque catastrophe sociale ou écologique. L’enlaidissement ou le saccage de nombreux milieux naturels, au nom du progrès, a été la plupart du temps la responsabilité de la classe des gens d’affaires. Il est d’ailleurs de bon ton de répliquer, par les portes-voix de cette classe, toutes les horreurs du développement économique effréné des régimes communistes d’autrefois. On peut toujours souligner à la suite que ces mêmes horreurs ont été possibles en l’absence d’une opposition organisée. Des militants qu’on aurait qualifié volontiers là-bas « d’immobilistes »…

Le paradigme auquel Dubuc s’est voué corps et âmes est celui de la fin de l’Histoire, tel décrit dans le livre du même nom, de Francis Fukuyama. Le grand journaliste qu’il est, avec ses ornières, tente de faire croire à la l’achèvement d’une civilisation supérieure consacrée aux affaires, en dépit de tout le reste. Rappelons que Fukuyama s’est fait rapidement démentir dans les années 90, avec la succession de conflits sanglants à travers le monde, notamment dans des secteurs en périphérie de l’Occident, tels l’Algérie et l’ex-Yougoslavie. La tentative mainte fois répétée de Dubuc de rappeler qu’il n’existerait qu’une voie unique à la création de la richesse, celle du néo-libéralisme, où les gens d’affaires sont les seuls tributaires, semble davantage à une forme de mantra. À force de le ressasser, espère-t-il, on finira bien à croire à ces prétentions. Comme si la richesse ne proviendrait des individus dont le seul souci est de s’enrichir au dépend des autres, tel Guy Laliberté, dont l’exploitation honteuse des artistes du cirque vaudrait bien un livre noir. Mieux encore, il faut rappeler comme l’a fait la collègue de Dubuc, Lysianne Gagnon, dans son étonnant éditorial du 3 juin, que ces individus ont avant tout profité des subventions publiques pour créer leur richesse. Sans consommateur, les créateurs ne sont rien, surtout quand ces consommateurs sont aussi les employés et les citoyens dont ont souhaite à la Presse l’assujettissement aux projets pharaoniques des mégalomanes de tout acabit. La richesse ne se calcule pas uniquement en dollar, il se calcule surtout par le bien être de chacun. Si un promoteur décide de construire une série de blocs de condos dans un secteur majoritairement habité par des locataires, ces derniers verront inévitablement leur loyer augmenter. Dans un contexte où les revenus des moins riches stagnent depuis plus de dix ans, on voit difficilement quel avantage ces gens vont obtenir de l’investissement de ce promoteur.

En somme, la charge de Dubuc contre la gauche est représentative de sa crainte d’une possible représentation de Québec Solidaire à l’Assemblée nationale. La représentation politique des militants sociaux, revendiquant un Québec autrement soumis à la volonté du milieu des affaires, voilà la bête noire des Desmarais et consort. La présence de la gauche sur la scène parlementaire est la dernière chose dont les maîtres de l’économie veulent voir. Ça expliquerait pourquoi la Presse s’emploie à démolir la montée de Québec Solidaire, même si ses rédacteurs raillent sur ses propositions et ses « incapacités » de pouvoir obtenir plus de dix pour cent de l’électorat.

mardi, juin 06, 2006

Michel Kelly-Gagnon et la « contestation professionnelle ».

Que le Conseil du Patronat du Québec (CPQ) s’en prenne aux mouvements sociaux, par le biais de son nouveau président, Michel Kelly-Gagnon, plusieurs d’entre nous n’ont fait aucune surprise. Ce dernier est moindrement connu, ses années à la tête de l’Institut économique de Montréal (IEDM) et sa chronique dans le journal Les Affaires ont fait de lui un des porte-paroles de l’économie triomphante et intransigeante. Pourtant, il n’a pas été nécessairement appuyé de tous ses pairs et son projet de lettre a été court-circuité par des membres du CPQ, lorsque cette lettre a été envoyé au journal La Presse. Kelly-Gagnon a dû refaire une version édulcorée de sa première attaque, le caractère hargneux envers les groupes communautaires qu’il avait exprimé précédemment lui a amené nombre de critiques virulentes, notamment dans les rangs de son Conseil. Le CPQ n’a pas l’habitude de la controverse, il est avant tout un lobby, avec une perception à peu près égale dans les médias avec les centrales syndicales. C’est pourquoi on a pu voir un certain malaise, dans les pages du quotidien de Power Corporation.

C’est pourtant dans ce même journal, par le biais de son principal éditorialiste, Alain Dubuc, qu’on avait poussé les hauts cris lorsque le projet conjoint du nouveau casino de Loto-Québec et du Cirque du Soleil a échoué, face à l’opposition des groupes communautaires. Dubuc a souligné à grand trait que l’échec d’un projet « d’envergure » comme celui-ci a été causé par « l’immobilisme suicidaire » encouragé par les mouvement sociaux. Son collègue Mario Roy a fait le portrait d’un milieu bénéficiant injustement de l’appui populaire, alors qu’on devrait les classer au mêmes titre que tous les autres lobbies, y compris (et surtout) les plus discrédités. La pièce manquante a toutefois été la position fracassante du président du CPQ, ce que La Presse n’a pas osé faire, soit de demander qu’on coupe toute subvention à ces groupes. Une fois la controverse éclatée et le passage sur les tribunes d’un Michel Kelly-Gagnon candide, venu débattre de la pertinence de son propos, Dubuc lui a ouvert les pages d’opinion et a appuyé sans réserve l’offensive contre les groupes sociaux, au nom de la croissance et de la création de richesse. Les « professionnels de la contestation » comme ils ont été qualifiés par Kelly-Gagnon et Dubuc n’ont pas leur place, et surtout, ils n’ont pas à être subventionnés par l’argent des contribuables.

La charge étant lancée, il nous est apparu opportun de faire le portrait d’un débat lourd de conséquences, dans la mesure où la position des groupes communautaires est assujettie à la volonté de l’État, dans un contexte nettement défavorable.

L’importance des mouvements sociaux
La perception des groupes communautaires du président du CPQ trahie son ignorance du milieu, ou bien il s’agit d’une mauvaise foi manifeste. Dans sa lettre du samedi 27 mai, dans la Presse, il parle d’eux comme étant des « organismes charitables », alors que le mouvement social avait pour but justement d’en finir avec la charité. Tout autre activité de leur part devient alors pour lui de la contestation improductive et surtout dommageable pour les projets d’envergure. Dans les jours qui ont suivi la charge de Kelly-Gagnon et Dubuc, on a vu les Guy Laliberté, Alain Simard et Gilbert Rozon se plaindre de « l’immobilisme », comme si eux-mêmes n’ont pas construits leurs empires du spectacle à coup de subventions même dans les périodes de crises, minant ainsi les possibilités d’aide à des groupes faisant davantage pour le bien-être des citoyens. En son for intérieur, Kelly-Gagnon doit percevoir l’utilité des groupes communautaires a la cueillette des denrées non périssables pour les plus démunis, sans plus. Pire, le mouvement communautaire est devenu non seulement un lieu subventionné rempli de gauchistes, mais aussi il vient troubler, comme tout autre mouvement collectiviste, la possibilité du marché de venir régler par lui-même les inégalités.

Les mouvements sociaux on fait davantage que de la contestation au Québec, il en va de soi. Il sont devenus depuis plus de trente ans les interlocuteurs immédiats auprès de l’État, au nom des citoyens de différents milieux, afin de formuler les demandes de la partie de la population la moins influente. On pourrait même avance que le milieu communautaire est devenue la fonction publique parallèle face à l’État, en développant une expertise incontournable. Action-gardien, mouvement social du secteur du sud-ouest de Montréal, a une longue expérience pour le soutien aux différents groupes sociaux d’entraides de ce milieu défavorisé. Loto-Québec prévoyait « améliorer » la situation de ce même secteur en implantant son casino et amener davantage de problèmes à très court terme. Outre Action-gardien, les intervenants de la sécurité publique et de la santé ont dressé sensiblement le même portrait négatif de la réalisation d’un tel projet. On ne peut même plus parler de « contestation », comme le prétendent les idéologues Dubuc et Kelly-Gagnon, mais bien d’un savoir-faire accumulé et indispensable, dans le contexte de la dégradation économique et sociale causée par l’offensive néo-libérale tout azimut.

En somme, les groupes communautaires viennent rappeler la fraude mille fois répétée du paradigme du développement économique sans entrave, à savoir que tous profitent de l’enrichissement de quelques individus. C’est plutôt l’inégalité érigée en système dont on parle, où la facture sociale de projets débridés est refilée à la communauté immédiate.

Le Conseil du Patronat du Québec
Loin de moi l’idée de faire un quelconque portrait élogieux de ce lobby, il faut tout de même souligner que le CPQ représente les intérêts de la majorités des conseils d’administration au Québec, mais on ne peut classer les membres de ce Conseil dans le même sac, avec les idéologues démagogues et obscurantistes que l’on aperçoit parfois dans les médias. Pour ces positions extrémistes, il existe d’autres tribunes. Le problème actuel du milieu patronal est qu’il est lui-même en train de se transformer, du moins il serait plausible de voir une lutte à l’interne, entre les tenant du dogme et les pragmatiques.
Dès sa création en 1963, le CPQ a comme objectif de faire contrepoids au mouvement syndical, en tentant de contrecarrer les acquis sociaux des luttes des années 60 et 70. Réalisant très tôt son incapacité d’endiguer le courant, le CPQ s’est orienté vers une position modérée, tel qu’observée dans le monde occidental, sous différentes dénominations. Les « Trente glorieuses » ont amené les homologues du CPQ dans le monde à conserver, au nom de la paix sociale et de la croissance, la croyance envers le possibilités offertes par ce qu’on pourrait appeler le « compromis keynésien » (pays anglo-saxons), ou encore le tripartisme patronat-État-syndicats (France, Allemagne), ou encore la social-démocratie réelle (pays scandidaves). L’effondrement du paradigme keynésien, réel ou provoquée (par le duo Thatcher-Reagan) à la fin des années 70 et au début des années 80 a ramené les lobbies patronaux à une radicalisation et un retour vers le capitalisme intégral et sans compromis, selon la vision des économistes néo-libéraux. Le tournant néo-libéral du CPQ s’est effectué vers 1985, mais on n’a pas pu observer jusqu’à maintenant une dérive du Conseil vers le désir de transformer le Québec copie de la Grande-Bretagne de Thatcher.

Bien sûr, dans ses orientations, le CPQ est un partisan du laissez-faire économique, la déréglementation et le désengagement de l’État, ainsi qu’une foules de positions aussi indéfendables. Cependant, comme association, il a lui aussi fait preuve du pragmatisme dont nous prenons un malin plaisir à dénoncer dans le monde syndical. La présence quasi-immuable de son ancien président, Ghislain Dufour, à la tête du CPQ pendant près de trente ans, a donné à ce lobby un caractère de modération. Sociologue de formation, peu porté au dogmatisme, Dufour a fait preuve d’un sens très certain du compromis, allant jusqu’à consulter les milieux syndicaux afin de proposer au gouvernement certaines demandes communes. Son successeur, Gilles Taillon, n’a pas été aussi apprécié à la tête du CPQ et n’a d’ailleurs pas tenté de faire sa marque plus longtemps.

La présidence du CPQ est le travail d’un communicateur. Il doit exprimer l’intérêt de ses membres et articuler une position de départ, dans un contexte de négociation perpétuelle où l’État et le gouvernement font l’arbitrage, dont les lois et leurs amendements en sont la réalisation concrète. De plus, le CPQ n’a pas grandit en vase clos, ses membres savent qu’ils doivent leur réussite à l’habileté de contenter le plus grand nombre que de foncer tête baissé contre les adversaires. L’importance de conserver son caractère d’interlocuteur privilégié de l’État a pris le pas sur l’orthodoxie. Les transformations au code du travail en 2003 par exemple, annoncées comme un virage dangereux et porteur de conflits, n’ont pas eu la portée escomptée par les néo-libéraux. Certes, en présence d’un gouvernement acquis en partie à la cause néo-libérale depuis trois ans, la situation sociale s’est aggravée mais pas aussi dramatiquement que nous le craignions au départ. La lutte soutenue des milieux syndicaux et sociaux, malgré les réserves que certains peuvent entretenir à leur égards, a permis de limiter les dégâts.

Dans ce contexte, l’arrivée d’un Michel Kelly-Gagnon à la tête du CPQ pourrait changer la donne. On ne sait pas encore les motifs de la nomination d’un individu pareil, porte-parole de la majorité des patrons du Québec. Chose certaine, on est loin d’un Ghislain Dufour, d’autant plus du caractère trouble de Kelly-Gagnon, mais aussi son incapacité à dialoguer avec quiconque. Encore un peu et on aurait eu le très subtil professeur Réjean Breton de l’université Laval à Québec, dont la santé mentale défaillante semble ne pas avoir été à ce jour relevée par aucun journaliste l’ayant approché.

L’IEDM et Michel Kelly-Gagnon, ou le think tank1 dans sa piètre réalité.
« Du passé, faisons table rase » aurait pu être le credo du nouveau président du CPQ. Avocat de formation et non un économiste comme il semble le prétendre dans ses chroniques, l’ancien président de l’Institut économique de Montréal représente bien l’idéologue néo-libéral dans toute sa splendeur. Rarement les gens de cette espèce ont une moindre considération envers les disciplines autre que l’économie, en particulier l’histoire. Comme nombre de ses semblables à la tête des think tanks du monde, leur vision du monde se forge selon une vision tronquée de la réalité, tant le paradigme économique oblitère toute pondération. Tant les gens de sciences humaines ne prétendent pas affirmer détenir la « vérité » mais des approches sensibles et vérifiées, un économiste de cette trempe prétend hors de tout doute avoir raison sur toute la ligne, sans se remettre en cause. Un de leur maître à penser, Friedrich von Hayek, faisait de son vivant la promotion d’une « Angleterre de l’âge d’or, d’avant les lois permettant l’existence légale des syndicats », même si cet âge d’or n’avait eu de réalité que dans sa propre imagination, tant il se plaisait à réécrire l’histoire, à l’exemple de ses semblables. Leur arrogance les pousse à se citer mutuellement, de façon à promouvoir leurs politiques en leur donnant une apparence de scientificité.

Il y a plus d’une façon de considérer l’arrivée de Kelly-Gagnon à la tête du CPQ. D’une part, le nouveau président a annoncé ses couleurs bien avant son intronisation. À la revue Commerce, comme le rapporte Michel Venne dans Le Devoir du 29 mai dernier, Kelly-Gagnon a affirmé que les patrons « devraient se montrer plus fermes à l'endroit des syndicats. », et qu’il se devait de «mettre plus d'importance sur les relations publiques». Il a également soutenu qu’il fallait suggérer au patronat de mettre de l’avant des suggestions «politiquement irréalistes», quitte à se «se faire expulser de la tribu». Cette attitude tranche avec celle de ses prédécesseurs. A-t-il oublié qu’il n’était plus à la tête de l’IEDM? En fait, il continue « l’œuvre » débutée en 1999 avec l’IEDM. On pourrait expliquer cette attitude par la volonté de Kelly-Gagnon de se servir du CPQ pour publiciser les travaux et les idées de l’IEDM, en leur donnant plus de vernis par son poste. Mais force est d’admettre qu’il s’y est pris de la pire façon. Le Québec, dans sa différence, ne privilégie pas l’affrontement et les ruptures fracassantes. Si le milieu patronal désirait vraiment enfoncer les projets de cette nature dans la gorge des citoyens, il l’aurait eu lieu bien avant. Les patrons ont peut-être plus de mémoire que les idéologues néo-libéraux, ceux-ci ont oublié que les luttes du passé avec les syndicats ont permis surtout à ces derniers d’avoir eu le dessus, dans le bilan des décennies passées.

D’autre part, l’IEDM jubilait de voir deux de ses illustres membres accéder à des postes prestigieux en un court laps de temps, l’autre étant le nouveau ministre conservateur de l’industrie et du commerce, Maxime Bernier, Il faut toutefois considérer leur accession comme étant la logique de la matrice qu’est le think tank. Celui-ci n’est souvent que le tremplin de quelques individus vers le prestige personnel, en dépit des habiletés douteuses de ces mêmes personnes. Le ministre Bernier a réussi, dès son entrée au cabinet, de se mettre le pied dans la bouche en soutenant qu’il fallait mettre un terme à toute subvention aux entreprises et ne privilégier que la logique du marché. Son dogmatisme en a heurté plus d’un parmi ses collègues. Il a également réussi à déplaire aux libertariens, notamment son ami Martin Masse, du webzine le Québécois libre (quebecoislibre.org), lequel lui reprochait déjà ses « compromis idéologiques » dans une entrevue au Point à Radio-Canada. On peut facilement faire le parallèle avec Kelly-Gagnon, dont les nombreuses chroniques parues dans Les Affaires et dont les meilleures ont été compilés dans un recueil paru aux éditions Saint-Martin, Chroniques économique : des idées pour démystifier les politiques publiques, démontrent davantage la limite de la culture et le dogmatisme abêtissant de son auteur. Des idéologues, certes, mais surtout des personnalités avides de prestige personnel, auprès des personnages constituant l’élite économique. Et surtout peu scrupuleux pour obtenir leur place parmi eux.

L’IEDM a réussi à placer en peu de temps ses pions, en espérant de bénéficier du retour d’ascenseur et également du prestige attendu. On ne peut négliger les intervention d’un think tank, surtout son association évidente avec le lobby patronal le plus influent. Mais la plupart des chercheurs ayant étudié sur ces thinks thank s’accordent pour dire qu’ils n’auront jamais une influence très grande dans les débats. Le précédent britannique de l’époque Thatcher a fait croire pendant un temps à la voie royale aux néo-libéraux à exercer un pouvoir sur les gouvernements leur étant favorables. La proximité de trois thinks tanks avec Thatcher et la faction néo-libérale du Parti conservateur britannique a permis la réalisation des fantasmes des plus fanatiques du dogme libéral, mais cette exception constitue la somme de facteurs autrement impossibles à réaliser que par la force des institutions économiques supranationales, comme le FMI et la Banque Mondiale, avec les programmes d’ajustements structurels si funestes envers les populations concernées. Lorsqu’on regarde de plus près la piètre qualité de leur recherches, notamment celles de l’IEDM, leur incapacité de dialoguer autrement que par l’économie, de leur volonté d’imposer un paradigme sous lequel on devrait sacrifier tant de ressources à l’autel de la « vérité révélée », les collaborateurs des think tanks apparaissent comme ils doivent l’être, des extrémistes et des fanatiques, tout juste bon à classer avec les ayatollahs idéologiques de ce monde. La tentative de museler le mouvement social est une tactique pour obtenir la seule opinion qui comptent dans les débats, nul doute qu’il en aura d’autres de leur part, à défaut de pouvoir apprécier cette offensive assez maladroite.

Jamais nous devons sous-estimer la capacité de l’IEDM et de ses semblables à influencer le débat, même si leur donner de l’importance leur est avantageux en tout temps. Mais dévoiler de façon constante le fanatisme sous-jacent à leurs idées est un automatisme que nous devons acquérir, au même titre que la haine que nous vouons au racisme.


1 J’utilise le terme think tank selon cette définition, celle d’un institut « indépendant » de recherche en politique, en lui appliquant le fait que les plus nombreux se réclament du néo-libéralisme, comme le Fraser Institue et le C. D. Howe Institute au Canada, l’Heritage Foundation et le Cato Institute au Etats-Unis, etc. Ils ont tous un beau site en couleur sur Internet, même l’IEDM.