lundi, mai 22, 2006

Le dur réveil de Michel Kelly-Gagnon


Les événements nous dépassent, ou encore nous amènent à accélérer certains de nos projets ou idées que l’ont souhaitent concrétiser. La rédaction de ce blog ne fait pas exception, la sortie avortée de Michel Kelly-Gagnon la semaine dernière m’a amené rapidement à écrire sur lui, en tant que nouveau président du Conseil du Patronat du Québec (CPQ). Ou encore, le représentant officiel des créateurs auto-proclamés des richesses de notre pays. J’avais l’intention d’écrire sur son arrivée à la tête du CPQ, car j’ai une très bonne idée de ses projets.

Personne ne sera surpris des positions de ce lobby. Du temps du prédécesseur de M. Kelly-Gagnon, M. Gilles Taillon, le type dont le programme agressivement anti-syndical du Parti libéral du Québec était comme « de la musique à ses oreilles », le CPQ s’était donné comme programme une liste d’objectifs, connus de longue date comme étant issus de la pensée néo-libéral. Un coup d’œil sur le programme à l’adresse suivante http://www.cpq.qc.ca/files/PDF/Memoires/0409-PLATEFORME04-06.pdf en dit long sur ses accointances avec l’idéologie en question. Une application intégrale de cette liste d’objectifs transformerait radicalement le Québec, mais je ne suis pas certain que les membres du CPQ tiennent tant à accélérer la marche vers le capitalisme intégral. Je ne suis pas non plus convaincu de la présence en grand nombre de révolutionnaires conservateurs parmi les patrons, bavant d’envie de faire du Québec une autre république thatchérienne. Dès sa création, au début des années 70, le CPQ a défendu grosso-modo les mêmes positions, de la même façon que le peuvent les représentants des centrales syndicales pour les leurs. La différence est qu’aujourd’hui l’actuel premier ministre ne renvoie pas les appels aussi rapidement au syndicalistes qu’aux représentants patronaux, il en va de soi. Le CPQ essaie d’influencer le gouvernement, comme tout groupe organisé, mais jamais il a dénigré le droit d’en faire autant de la part de ses adversaires idéologiques. Il a pourtant bien failli le faire, cette semaine, grâce à son président.

Je résume en quelques mots l’événement révélateur de la pensée profonde du nouveau président du CPQ, tel que rapporté dans la Presse de jeudi le 18 mai. On rapportait que M. Kelly-Gagnon devait envoyer une lettre ouverte aux quotidiens du Québec, mais il devait d’abord tâter le terrain auprès de ses membres, afin de sonder leur opinion. Certains d’entre eux ont été dérangés par le ton très agressif envers les groupes communautaires qu’utilisait leur président. Ce dernier, dans sa lettre, suggère que les groupes ne sont que des « professionnels de la contestation » et, à mots couverts, devraient être réduits au silence en leur coupant les subventions dont ils bénéficient. Il leur reprochait surtout l’abandon du projet du Casino dans Point-St-Charles, de même que le frein à tout projet « créateurs de richesse ». Voici ce qu’il apportait précisément dans sa lettre, selon La Presse :
-Comment a-t-on pu en arriver là? Parce que des professionnels de la contestation réussissent souvent à se faire payer par l'État, pour dire à l'État quoi faire. En 2004-2005, le gouvernement du Québec a octroyé plus de 631 millions à quelque 5000 organismes d'action communautaire, par l'entremise de 75 programmes ou mesures d'aide financière. En moins d'une décennie, le montant des octrois accordés aux groupes communautaires a augmenté de 155 % (…) Il n'est pas étonnant, dans ces conditions, que les pouvoirs publics soient pratiquement incapables de prendre des décisions économiques sensées quand elles ont le malheur de heurter les préjugés des professionnels de la contestation. Force est de constater que leur influence politique est excessive et qu'ils ont un effet paralysant sur le développement économique de la province. Ils nuisent carrément à la prospérité générale. On ne peut plus tolérer cette situation, au risque de voir l'économie du Québec tomber dans le marasme.

Nul doute que ce type de position ne pouvait faire l’unanimité au sein du CPQ. Pour être franc, on ne peut condamner ce lobby comme un refuge d’idéologues néo-libéraux, les prises de positions passées du CPQ ne sont certainement pas des plus intéressantes, mais n’ont pas été non plus dictées dans esprit exempt de toute flexibilité. Des membre de ce lobby on tellement peu apprécié la lettre qu’ils l’ont fait parvenir aux journalistes, en dénonçant cette prise de position. C’est pourquoi le repli du président Kelly-Gagnon ne m’apparaît pas si étonnant. En fait, il s’est fait rappeler par ses membres qu’il n’était plus à la tête de l’Institut économique de Montréal (IEDM), le think tank québécois du néo-libéralisme.

De ce temps où tout lui était permis de dire et écrire, M. Kelly-Gagnon s’en était pris à plusieurs reprises contre les groupes communautaires, avec le même ton. Dans un texte paru dans le journal Les Affaires le 24 janvier 2004 (http://www.iedm.org/main/show_editorials_fr.php?editorials_id=24) il reprend la même rhétorique contre les groupes anti-tabac. Dans le même journal, le 14 septembre 2002 (http://www.iedm.org/main/show_editorials_fr.php?editorials_id=54), dans une intervention des plus édifiantes sur la pensée magique où seul le marché règle tout, il va jusqu’à écrire que « Les employés des groupes de pression n’ont jamais intérêt à dire que les choses s’améliorent dans leur domaine. De même, les employés des ministères qui traitent de ces questions et qui financent ces groupes augmentent leur budget, et par conséquent, leur influence, en créant de nouveaux plans stratégiques et autres interventions structurantes». Par la même occasion, il prétendait que l’IEDM a une position indépendante et avait davantage de crédibilité que tous ces groupes, avides de subventions. C’est assez réducteur comme jugement, mais logique avec le néo-libéralisme. De façon générale, M. Kelly-Gagnon et son Institut réfutent à l’État de pourvoir aux besoins à tout groupe de pression, car les néo-libéraux considèrent que la liberté de parole ne signifie pas qu’on la subventionne. C’est un vieux débat, que les autres instituts-frères de l’IEDM ressassent depuis des lunes.

Le réveil a sans doute été dur pour M. Kelly-Gagnon, mais pourtant il n’a pas été la seule personnalité très visible à adopter la même position et avec le même ton. J’ai rapporté dans ce même blog en avril comment l’éditorialiste Alain Dubuc, la voix de Gesca et Power Corporation, avait qualifié l’activité des groupes communautaires « d’immobilisme suicidaire ». Dans la Presse, deux semaines plus tard, Mario Roy a produit deux textes de la même mouture, où il tente de démontrer pompeusement qu’il fallait considérer les groupes de pressions à égalité, les groupes communautaires comme les « créateurs de richesse » les moins scrupuleux. Une recherche rapide devrait nous permettre de retrouver davantage de tirades de même nature contre les groupes communautaires, de la part des éditorialiste et des chroniqueurs économiques, notamment les très subtils Claude Piché et Lysianne Gagnon. Pourtant, c’est dans La Presse qu’a été rapporté la dérape de Michel Kelly-Gagnon. Peut-être qu’au sein des salles de presse de la grande concentration privée, la position néo-libérale n’est plus aussi bien accueillie. Dans la chronique Des Oh! et des Bah! du dimanche suivant (21 mai), Michel Kelly-Gagnon et le CPQ ont été classé dans la vignette « En baisse ». On peut toujours rêver.

On ne va pas s’ennuyer, avec le nouvel ayatollah du capitalisme à la tête du CPQ. Les patrons membre du lobby non plus, à leur grand désarroi.

mercredi, mai 03, 2006

L'Histoire selon les Libéraux


Suite à la nouvelle concernant les échos très inquiétants en provenance du Ministère de l'Éducation, à propos du projet d'enseignement de l'Histoire du Québec "revisé" et surtout expurgé de toute notion à caractère politique, j'allait en faire le sujet de mon texte. Au moment de me mettre à la tâche, j'ai reçu ce courriel de Rico, mon camarade de notre syndicat, maintenant sous un autre ciel avec sa copine Julie, en Outaouais. Il m'a tout simplement écrit ce que je n'aurais pas pu faire avec autant de brio. Impressionné, je lui ai demandé de reprendre son courriel pour mon blog. Voici ce qu'il m'a envoyé.


Salut Alain,

J'ai lu un article ce matin sur la volonté du gouvernement Charest de réviser les cours d'histoire et d'évacuer les éléments moins glorieux, ou moins unifiants... Julie et moi étions furax. J'ai par la suite écouté une entrevue avec Fournier (ministre de l'éducation), très habile celui-là, il nous glisse toujours entre les doigts. Il affirme que ce n'était pas l'intention du gouvernement, mais bien un papier de travail, dont il n'avait pas encore eu connaissance, donc, sur lequel il ne se prononcera pas sur la validité... Bref, il nous dit que ( bla!, bla!, bla! ) il y aura davantage d'heures de cours, plus de contenu, et que le conflit social ne sera pas évacué. J'ESPÈRE bien!

Non mais, je crois que c'est comme bien des projets libéraux. Il m'apparaît que parfois ces fuites sont presque intentionnelles. Comme s'ils voulaient tester l'opinion publique ; si ça grogne, on ne bouge pas et on dit que c'est faux, si ça ne gronde pas, s'est bon, on peut y aller.Pourtant, s'agissant de l'Histoire, et même pour les fédéralistes, celle-ci doit participer à notre quête de sens. Évacuer les aspects obscurs et tristes de l'Histoire relève du révisionnisme. À ce titre. les Allemands aimeraient peut-être aussi oublier l'Holocauste, les Russes vouloir oublier les purges, les étasuniens la ségrégation et la traite des noirs. Tout ça est d'ailleurs si négatif pour le patriotisme! Le pire, c'est que cette révision est invoquée précisément dans le but d'un cours d'initiation à la citoyenneté pour les jeunes, comme il s'en fait ailleurs au Canada... Oublier nous mène à reproduire les erreurs du passé, à oublier aussi ce que nous sommes, ce que nous avons été et ce que nous pourrions êtres. Car, ne l'oublions pas (petit jeu de mots) nous sommes une somme d'expérience, jumelée à une capacité de tirer des conséquences grâce à notre capacité faire usage de la Raison.

Après avoir été conquis, dominés, exploités, colonisés, néo- colonisés, il nous faudrait maintenant apprendre « l'Histoire-light », ou tout le monde il est beau, tout le monde est si gentil l'a toujours été et le sera pour toujours, tra-la-la!

Appliquer cette réforme des cours relève du non-sens, car les élèves ne percevront pas le lien qui unit le discours et la réalité, ils ne saisiront pas la société dans laquelle ils vivent. Du moins, pour ce qui est de la première génération formée à cette enseigne... Pour les autres, une fois le souvenir des contradictions disparut... Qui sait, mais veut-on vraiment le savoir? De toute manière, les problèmes de la fédération ne disparaîtront pas avec l'oubli de l'Histoire. À ce titre, les régions auront toujours des disparités et des revendications différentes les unes des autres, et entreront inlassablement en conflit. Si le conflit ne se polarise pas sur les langues et le choc des deux nations fondatrices (les indiens n'ont pas fondé le pays, mais ont plutôt étés marginalisés, ce n'est que très récemment que l'on s'intéresse à eux, et encore! ) alors il s'exprimera autrement: disparité de revenu, de classes, d'ethnie, des sexes, de religion... Une société sans conflit c'est l'utopie négative derrière le « Meilleur des mondes » de Aldous Huxley.

C'est l'horreur technocratique.Il m'apparaît que les fédéralistes auraient tout intérêt à amadouer l'histoire, d'en tirer les leçons et de se réconcilier avec, sans quoi le pays qu'ils tentent de forger eux aussi à grands coups de millions dans patrimoine Canada ne sera toujours qu'un construit identitaire très fragile, car sans assises historiques solides. Un peuple sans histoire n'en est pas un, tout simplement. L'identité du Canada, tout comme celle du Québec, est historiquement constituée, ne l'oublions pas.

Une histoire à la Disney, ça n'intéresse personne, et surtout, ça évacue de notre vie tout repère au sens. Pourquoi sommes-nous une collectivité? Qu'est-ce qui nous unit, en quoi sommes-nous semblables et différents? Vouloir trafiquer l'Histoire équivaut à se trahir et à se mentir, à se replier sur une fausse individualité. Réviser l'Histoire équivaut à un acte totalitaire et déshumanisant qui nous réduit à ce que nous avons dans notre éternel instant présent, à notre petite subjectivité molle, et qui est donc inintelligible et éphémère. La civilisation est indissociable de son histoire.

Je me souviens,

Rico

Je lui ai envoyé, avec ma demande de le publier, une indication supplémentaire. Dès 2003, il était de l'intention du PLQ, à la demande de son aile anglophone lors du conseil national, de mettre au diapason l'enseignement de l'Histoire du Canada et du Québec avec ce qu'il est enseigné dans le reste du Canada. Selon eux, il serait temps de reprendre l'enseignement de l'Histoire pour une vision commune, celle du Canada. Bien sûr, ça serait pas mal différent de l'enseignement actuel, qualifié de "séparatiste"... donc les Patriotes seraient revus comme des "traîtres" envers la Couronne, même chose pour Louis Riel et la révolte des Métis, on tairait toute notion sur la disparition du fait français au Manitoba et en Ontario, ça ne serait plus Jacques Cartier le premier à prendre possession du Canada au nom de son Roi, mais bien John Cabot (devenu bien britannique, donc pas un Italien...), aux oubliettes les luttes contre la conscription de 1917 et 1940, ou encore, tant qu'à faire, assimilons-les à de la collaboration fasciste, et j'en passe.

Une bien belle histoire.

lundi, avril 17, 2006

Alain Dubuc et sa voie vers la richesse


Alain Dubuc est un homme constant dans ses idées. Le grand penseur politique des journaux de Power Corporation, lu autant à Montréal qu’à Québec et Gatineau nous gâte de ses opinions éclairantes, sans lesquelles nous aurions l’impression d’être passé à côté du succès, en tant que nation moderne et compétitive. Je ne parlerai pas seulement ici de son opus, Éloge de la richesse, dont les centaines d’exemplaires s’envolent allègrement vers les foyers québécois. Son éditorial de samedi le 15 avril dans La Presse, intitulé « Youhou… », est un bon exemple de sa façon de nous prévenir de façon très désintéressée de nos tendances collectives à bloquer la création de la richesse. Comme toujours, ce sont des indications préliminaires à faire rejaillir le lait et le miel de notre sol, il n’est pas étonnant que la grande Power Corporation nous permet de lire ces grandes tirades d’un bout à l’autre de la province.

Comme vous pouvez le constater, je ne prend pas du tout au sérieux les grandes interventions d’Alain Dubuc, comme je vient de l’écrire avec un brin d’ironie. Règle générale, les éditoriaux de la Presse, dans la catégorie de la malhonnêteté écrite, dépassent le peloton de très loin. On me rapportait que depuis qu’il est lu à Québec, au Soleil, on le regarde aller dans ses dérapes néo-libérales soft avec une certaine consternation. Voir un quotidien comme Le Soleil s’enfoncer de cette manière, c’est assez difficile pour ses fidèles lecteurs. Comme me le rapportait mes contacts là-bas, la prose de Dubuc rappelle celle des plumitifs des journaux catholiques ultramontains du temps de la domination unioniste sur la province. Le Soleil, en son temps, regroupait les journalistes issus de la tendance adverse. Comme ses influences ultramontaines du temps jadis, le grand éditorialiste essaie par le fait même de présenter son opinion comme celle qu’on attendait et qu’on considère la plus crédible. Même si dans sa prose, on peut détecter l’extrémisme et la disqualification définitive de tout autre point de vue.

La technique de Dubuc est simple. Il joue toujours à celui qui a la vision la plus modérée, dans la tendance de la « modernisation » telle que soutenue par le libéralisme éclairé, que nous connaissons parfaitement dans la bouche de notre premier ministre actuel, Jean Charest. Ainsi, il est intéressant de lire sa démarche en entonnoir, obligeant le lecteur à accepter des généralités du type « personne n’est contre la vertu et le bien commun », afin de nous faire avaler les couleuvres qu’il dissimule pas toujours très bien. Dans son « Youhou… » de samedi le 15 avril, sa position se résume par ces lignes suivantes : le Québec est pauvre et en net déclin, les chiffres le démontrent parfaitement, il faut des projets de nature économique car la richesse se calcule seulement en dollars, le problème est qu’il existe nombres d’embûches à la création de richesse et il faut les éliminer dès maintenant. Jusque là, on ne peut pas dire que c’est très nouveau comme discours. La couleuvre à avaler, elle apparaît comme suit : la politique bloque la création de la richesse, par le biais des groupes de pression, il faut donc éliminer la politique. Vous avez bien lu. Ce n’est pas radical, comme point de vue?

Selon les conseils de notre penseur domestiqué, les groupes de pression, ceux-là même qui ont bloqué avec succès la construction du CHUM à Outremont et celle du Casino dans Pointe-St-Charles ont imposer ce qu’il appelle un « immobilisme suicidaire ». C’est exactement le terme qu’il utilise. Dans la même veine, le prolongement de l’autoroute 25 ne devrait pas être mise en question, c’est « suicidaire », on devrait blâmer les méchants écologistes de «bloquer » un projet qui nous promet de façon si évidente des lendemains qui chantent. D’une certaine manière, les gens qui se regroupent et qui demandent des réflexions sur ces projets de façon légitime, dans les règles, selon un processus des plus éprouvés, des individus de cette trempe sont à classer avec les rebouteux hirsutes qui peuplent les franges de la scène politique. Tout juste bon à être considérés comme les skinhead néo-nazis et les nostalgiques du maoïsme. Selon la voie que Dubuc veut imposer, en somme un repositionnement drastique vers la droite libérale, toute tentative de se questionner sur des projets d’envergures économiques ne peut être que l’œuvre de personnes irrationnelles qu’on devrait faire taire, mais il n’ amène pas la suggestion aux lecteurs, il doit croire qu’elle viendra d’elle-même. Les groupes d’intérêts, voilà l’ennemi. Évidemment, on comprendra que le terme « groupes d’intérêts » n’identifie pas les rassemblements démocratiques des créateurs de richesse, les chambres de commerce, des « think tanks » comme l’IEDM, ou encore le Conseil du Patronat. Ceux-là devraient, selon notre grand éditorialiste, toujours avoir la voie libre pour développer, créer, innover, dans toute la flexibilité et la liberté voulue. C’est ce qu’on appelle la voie néo-libérale, dans toute sa splendeur. Dubuc peut toujours se défendre d'avoir une vision du monde à la Margaret Thatcher, il prend à ce moment-là ses lecteurs pour des imbéciles.

À notre avis, c’est ça l’extrémisme dissimulé des éditorialistes comme Dubuc. Mais le jupon dépasse encore une fois dans son éditorial, démontrant le désarroi d’un type comme lui, qui a senti le besoin de nous pondre un recueil des âneries qu’il nous débite trois à quatre fois par semaine, tant on n'embarque pas dans cet enthousiasme délirant. C’est énorme à avaler, demander la fin du processus démocratique, au nom de la richesse à créer. On n'est pas très loin de lire des odes à la gloire de la création « imposée » de la richesse, celle que les Chiliens et les Argentins ont expérimenté sous le joug des militaires. Ça serait pas mal, de lire Dubuc faire l’éloge de la dictature du général Pinochet, lorsque ce dernier passera l’arme à gauche.

lundi, avril 03, 2006

Les Contrats de première embauche (CPE): nous ne sommes pas dupes!


On en a entendu de toute sorte, dans cette crise près de son dénouement. Les CPE, pour « Contrats de premières embauches », sont apparus pour les uns la panacée pour réduire le chômage des jeunes en France, pour ces mêmes jeunes une façon de les réduire à du « cheap labor », au nom de la reprise économique, dans le contexte sempiternel de la mondialisation. Suite aux énormes manifestations, qualifiées ensuite à tort et à travers de prémisses d’un « Mai 68 », alors que la droite libérale hurle à l’urgence de maintenir le projet de loi tel quel au moment où la majorité parlementaire s’apprête à le réviser, nous en sommes à lire ici nos pontifes locaux du libre-marché. Que nous racontent-ils? La chute très prochaine de la France, vouée à la tiers-mondialisation, de son incapacité à se réformer, de l’obstination absurde et irrationnelle de la majorité à refuser la moindre flexibilité, cause de tous les maux du chômage, etc. Bref une vision d’économistes et de nantis, sur un problème qui ne les concerne que de manière idéologique. Des principaux intéressés, les jeunes de moins de 26 ans touchés par le chômage, quand on leur demande leur avis, on analyse la réponse, pour démontrer le drame de l’endoctrinement gauchiste et de leur incompréhension crasse de l’économie. Quand on en trouve un favorable au CPE, on le qualifie de « lucide », c’est connu…

Dans le débat, comment ne pas être touché par la sensibilité des libéraux, envers le chômage chronique des jeunes en France? En fait, le chômage a été le lot des Français depuis plus de 30 ans, il n’a qu’à parcourir les archives des journaux, pour voir la récurrence du thème. On a revu et cerné le problème de toute part, on a apporté tant de solutions, la plupart non appliquée parce que invendables politiquement. Alors, pourquoi les CPE devraient être LA solution miracle? Pourquoi les libéraux, inconnus jusque là comme des gens allant à présenter leur cœur avant la raison, se mettent à promouvoir de façon larmoyante ces CPE, au nom de tous ces jeunes chômeurs? Allons donc! C’est par manque d’imagination, plus que par compassion, qu’ils en sont réduit à s’accrocher à de pareilles sornettes. De façon plus nette, voici le but recherché :
« La France a un énorme problème avec le chômage des jeunes parce que le coût du travail des emplois non qualifiés est beaucoup trop élevé en comparaison des autres pays européens. Et les licenciements sont soumis à de longues procédures administratives qui freinent l'emploi. » Jean-Philippe Cotis, chef économiste à l'OCDE, dans un entretien au journal Le Monde. Pas besoin de faire passer les jeunes pour des ingrats! En clair : les travailleurs gagnent trop cher, les patrons ne sont pas intéressés d’investir en France à ces conditions, tant pis si les jeunes ne se plient pas, ils resteront dans la précarité, dans leur banlieues, dans leurs désillusion…

Alors, pourquoi les libéraux, et en premier les économistes de choc à la Claude Picher et autres du même bois, pourquoi cherchent-ils à faire passer le mouvement anti-CPE comme un mouvement voué à l’irrationnel, rétrograde, manipulé par des « communistes » ou une quelconque conspiration occulte? Pourquoi font-ils les larmoyants, contestant la compassion de la gauche au profit de celle des patrons, soucieux du bien-être de tous ces jeunes chômeurs français? C’est l’épuisement, la fin des arguments, ils en sont presque rendu à exiger une forme d’autoritarisme, afin d’appliquer ce types de déréglementation, à l’image des dictatures du Sud, les désormais « concurrents ». Il faut donc s’ajuster, sinon on va manquer le bateau. Air connu.

Les CPE, c’est l’imposition à une génération le concept des « pauvres qui travaillent », tel que connu en Grande-Bretagne et en Amérique du Nord. Les travailleurs français, plus conscients que quiconque de l’histoire des luttes sociales, ne sont pas dupes de ces CPE qui ne sont finalement qu’une répétition de l’expérience du néo-libéralisme dans sa version imposée aux Britanniques par Margaret Thatcher, une halte au progrès social, le retour au capitalisme du XIXe siècle, avec tout ce qu’il représente comme arbitraire. Dans l’imaginaire, c’est s’en tenir à une précarité perpétuelle et sans espoir d’amélioration, au profit de quelques-uns. Le CPE, qu’il soit d’une durée d’un an ou deux, c’est une soumission à tout un monde d’arbitraire, où le travailleur se doit d’être parfait aux yeux de son patron, en dépit de son humanité. Comme le résumais une jeune manifestante lors des rassemblements du 28 mars : « Les CPE, ça nous soumet aux caprices du premier patron venu, qui pourra nous obliger de coucher avec lui, sans qu’on puisse faire aucun recours, de crainte de se retrouver au chômage ». Cela démontre toute la conscience des jeunes en France, devant une mauvaise foi de la droite libérale et de son héraut de Villepin, dont l’intransigeance trahi davantage son souci de faire le plein d’appuis auprès du patronat français, un an avant l’échéance électorale présidentielle.

Ce qu’on doit retenir du mouvement anti-CPE, c’est la capacité extraordinaire de la population française à se mobiliser contre des projets de loi iniques comme celui-là. C’est se battre contre l’objectif affirmé des idéologues néo-libéraux de contraindre les gens à accepter d’être mis en concurrence avec les travailleurs du tiers-monde, avec le nivellement par le bas des conditions de vie par l’aiguillon du chômage et de la précarité, au nom d’un enrichissement collectif chimérique basé sur l’enrichissement d’une classe d’exploiteurs internationaux, dont on finirait par obtenir les miettes de leur scandaleuse richesse.

mardi, février 14, 2006

L'errance possible de la liberté


Plusieurs sont demeurés surpris, pour ne pas dire estomaqués des réactions de violence dans le monde musulman suite à la publication des caricatures haineuses contre le prophète Mohammed au Danemark. Voir deux ou trois ambassades de ce pays brûler, quand ce ne fut pas celle de la Norvège, c’est un spectacle nous rappelant les fanatismes de notre monde. Pourtant, il ne faut pas perdre de vue que ces explosions de colère ne sont pas seules tributaires d’une indignation justifiée, mais aussi de la manipulation de quelques gouvernements ou partis politiques en recherche d’appuis, devant la popularité de l’intégrisme religieux dans leur pays. Je pense notamment à la Syrie et au Liban mais aussi à l’Iran. Pour ceux qui l’ignorent, les publications datent du mois de septembre dernier, les émeutes actuelles sont vraiment à rebours. Il faut cependant s’inquiéter d’un autre aspect non négligeable à cette affaire, la légèreté avec laquelle certains ont défendu la publication de ces caricatures.

Je ne suis pas de ceux dont on va appeler un amoureux de la liberté à outrance. Militant de gauche, je ne suis pas pourtant insensible à la critique de droite voulant que les progressistes de toute tendance soient suspect de relativisme moral. Autrefois, en voulant accélérer le mouvement vers l’émancipation populaire, on a entendu maintes fois des discours encourageant la braderie généralisée des valeurs et des institutions, au nom de la liberté. Famille, école, éducation, morale, foi, tout a été passé dans le tordeur de la critique intensément négative d’une gauche révolutionnaire occidentale, dont le point culminant de cette époque a été le mois de Mai 1968 en France. Le souvenir que cette époque a laissé dans la mémoire collective a été telle que la gauche, encore aujourd’hui, doit se défendre perpétuellement d’une série d’errances, d’où découlerait nombres de problèmes sociaux très réels. C’est pourquoi dans mon propre vocabulaire, j’ai pris soin d’intégrer la notion de « responsabilité », peut-être un des rares concepts que je partage avec les néo-libéraux.

La publication de ces caricatures, essentiellement anti-musulmanes et volontairement blasphématoires, a été le fait d’un journal conservateur, l’équivalent du « Journal de Montréal/Québec » mais avec une forte tendance au populisme xénophobe et néo-libéral, dont malheureusement nous n’avons pas été épargné de sa présence, notamment à Québec avec la « radio-poubelle » de CHOI-FM et les 25 années de travail d'André Arthur. Les reprises ont été les faits de publications semblables, avec une équivalence malheureuse à gauche par un journal satirique en France, Charlie Hebdo, dont les rédacteurs se réclament du même discours nihiliste et sans nuance que j’exposait plus haut. Ces provocations ont servi à alimenter le feu de la colère des populations musulmanes, même celles intégrées des sociétés occidentales, au nom de la liberté d’expression, sans évidemment en avoir jugé de la responsabilité à assurer en retour. Cette colère ne semble pas s’essouffler et s’alimente d’elle-même, dans un contexte de haute tension internationale (Iran, Irak, Afghanistan) interne même en l’Occident (crise des banlieues françaises). À cette date, je m’inquiète de la tournure des événements et pas seulement pour les Danois. On risque de payer le prix d’une défense toute individualiste et incohérente de la liberté d’expression, en foulant au pied les notions même de respect et de tolérance. Maladroitement, nous avons nourri le fanatisme et l’intégrisme religieux en confortant ses chefs dans leur appel à la haine de l’Occident.

C’est pourquoi il me semblait important de rappeler ce que signifie la liberté. Elle se doit d’être balisée, dans le souci de ne pas heurter le prochain, simplement pour le plaisir de se draper dans des principes. La responsabilité doit être le pendant naturel de la liberté, de façon à assurer le « vouloir vivre ensemble », contrairement à cette liberté sans borne que défend cet individualisme haineux et irresponsable encouragé par la droite néo-libérale. La rectitude politique tant décriée à droite n’a pas été vaine, c’est pour éviter une situation telle que nous le voyons qu’elle avait progressivement mise en place, avec ses défauts mais aussi ses promesses d’un monde de tolérance et de respect, chose qui a désormais échappé à cette droite gueularde.

dimanche, novembre 13, 2005

Morosité municipale


On a entendu beaucoup de commentaires sur la participation électorale, à la suite des élections municipales du 6 novembre. Comme prévu, on ne peut dire que ça s’est bousculé devant les urnes. En fait, on s’est surtout précipité sur les micros pour dire combien le faible pourcentage de la participation a amené la preuve du désintérêt des Québécois envers la politique municipale, voire la politique tout court. On a pointé du doigt plusieurs facteurs, comme le mauvais temps ou l’impatience des gens à attendre en file (tiens, y’avais du monde, finalement…), comme l’absence d’enjeux cruciaux ou encore de programme électoral digne de ce nom. Je ne veux pas citer davantage, la liste est très longue.

Nonobstant ces raisons, possiblement toutes valables, il serait important d’en reprendre deux, à mon avis les plus importantes. Une de ces raison est la façon dont les médias ont couvert les campagnes électorales. À Montréal, on a eu l’impression qu’il n’y avait que deux candidats, alors qu’il y en avait quatre, dont trois avec des partis structurés. À Québec, il s’est passé la même chose. On a rapporté des informations sur les candidats Richard Bergeron (Montréal) et Claude Larose (Québec) que vers la dernière semaine de la campagne. Quand on observe les résultats à Québec, c’est assez troublant : les médias se sont concentré à suivre la candidature d’Andrée Boucher, première dans les sondages, mais aussi celle de Marc Bellemare, qui a fini troisième, avec un seul conseiller élu. On n’a pas trop évoqué la présence du successeur de Jean-Paul L’Allier à la tête de son parti, Claude Larose, pourtant devenu chef de l’opposition à l’Hôtel de ville de Québec. Idem à Montréal pour Richard Bergeron, dont le programme de son parti, Projet Montréal, avait un contenu des plus intéressant, mais on s’est contenté de rapporter platement les piques entre Gérald Tremblay et Pierre Bourque. On a eu droit à une couverture ennuyeuse, entre deux candidats aux programmes jumeaux, pour ne pas dire un duel de personnalités insignifiant. De cette façon, on n’a pas poussé davantage les électeurs à s’intéresser à ces campagnes. Peut-être avons nous eu droit à de véritables débats, à des enjeux cruciaux âprement défendus dans les autres municipalités? On dirait bien que non, hormis à Lévis, où le maire Jean Garon a été battu par une ancienne conseillère de son propre parti.

Pourtant, des décisions cruciales sont prises par les élus municipaux, mais rien n’est fait pour qu’on encourage une participation citoyenne aux débats. Devant les caméras, le même Jean Garon a affirmé bien candidement que l’opposition à l’Hôtel de ville était inutile, que les élus municipaux devaient être avant tout des gestionnaires... La mairesse de Québec, dont les années à la tête de l’ancienne municipalité de Sainte-Foy on été empreintes d’une autocratie abêtissante, a affirmé sans rire que le budget municipal devait être administrée comme celui d’une famille. On n’est pas prêt de revoir des projets d’envergure à Québec, pour ne pas dire de l’absence de fête anticipée pour le 400e anniversaire de la ville en 2008. Quand on constate également l’élection pour la cinquième reprise du maire Vaillancourt, autre personnalité proche de celle d’Andrée Boucher, Laval passera les prochaines années encore pour une ville moche au développement urbain des plus erratique. En somme, le personnel politique constituant les élus municipaux est de moins en moins visionnaire, assure un leadership des plus paternaliste et à courte vue. Gérald Tremblay, populaire de par sa prestance pour sauver des événements prestigieux à Montréal, s’est assuré pour sa presque seule personne la gestion du budget de la ville. Avec une pareille concentration de pouvoir, on n’est pas étonné de voir grandir un désintérêt pour la politique municipale.

Pour qui j’ai voté? Pour l'équipe de Projet Montréal. Voilà le genre de parti politique qui inspire davantage que les politiques municipales à la petite semaine que propose Vision Montréal, trop longtemps à la tête de cette ville. Espérons qu’à la prochaine, ce parti politique puisse se faire connaître, maintenant que « l’alternative » à l’UCIM et à Gérald Tremblay s’est fait lessiver. Sauf dans mon quartier, malheureusement…

lundi, octobre 24, 2005

Quelle lucidité?


Le manifeste « Pour un Québec lucide » a déjà fait réagir à peu près tout le monde au Québec ». De façon assez claire, on a pu constater qu’il existe bien une division politique classique gauche-droite proprement québécoise, libérée de la question nationale. Transcendant les divisions des camps souverainistes et fédéralistes, ce manifeste a fait réagir de façon positive la droite et (très) négativement la gauche, en dépit de la prétention de ses auteurs de ne pas être alignés ainsi. C’est d’ailleurs la réponse habituelle des libéraux., car pour eux il n’y aurait plus de division qui tienne il n’y a plus de classe sociale et l’idée du progrès et de la justice sociale passe par la croissance économique. Pour être honnête, voici l’accès rapide à ce manifeste : http://www.pourunquebeclucide.com/ .
Pas étonnant que j’ai réagi assez vivement. Longtemps on n’avait vu un exercice de malhonnêteté aussi peu subtile, de la part de personnalités regroupées sous le vocable « lucide », quand ils et elles proviennent du même milieu, ceux des nantis. Pas de représentants des groupes de mouvements populaires, de syndicats, de la génération montante, que des « gens de biens ». Comme l’a dit Hélène Pednault à Indicatif Présent sur Radio-Canada, « faut-il avoir un revenu de 150 000 dollars par année pour être lucide? ». Il ne manquait que les patrons de la province, la famille Desmarais, mais elle avait déjà délégué André Pratte, éditorialiste à la Presse, qui va sans aucun doute nous servir ses solutions quotidiennement à partir de ce torchon. Appuyé de son collègue Alain Dubuc, on n’a pas fini d’en entendre des belles fadaises.
Et quelles fadaises! Ainsi, pour faire face à la compétition montante de pays comme la Chine et l’Inde, il faudrait faire avec lucidité au défi. Comment? Outre le fait qu’il faudrait probablement remettre le taux de natalité à celui de nos grands-parents, ces braves qui ont fait preuve d’abnégation totale, il faudrait également avoir une qualité de vie comme en Chine et en Inde? Ça va être beau, à 65 cents de l’heure. Le succès de notre coin de pays face à deux pays ayant plus d’un milliard d’habitants chacun, de façon incomparable, serait que toutes la population brade ses acquis sociaux, reviennent à une qualité de vie d’avant les années soixante, laisse tomber sa représentation populaire et syndicale, en suivant aveuglément les « lucides » et leurs solutions éculées? La pire de celle-ci est sans aucun doute la confiance aveugle dans les partenariats publics-privés, les PPP. Partout en Occident et plus particulièrement en Grande-Bretagne, les PPP on démontré la limite de déléguer la gestion des services publics à l’entreprise privée. On n’a qu’à penser aux expériences malheureuses produites en Ontario, notamment l’autoroute 417, gérée en PPP, où le péage a doublé en un an, et la gestion des prisons dont l’une imposait le secret sur ce qu’il se passait dans ses murs et dont les gardiens, sous-payés et mal formés, ne restaient un peu moins d’un an en poste, provoquant ainsi la déstabilisation du système carcéral et les évasions à la chaîne. Il est dommage qu’au Québec, avec Jean Charest , on a le plus dogmatique des libéraux, qui porte sa foi en une panacée où partout elle a démontré son échec, mais il faut croire que notre premier ministre a une confiance en son Québec, les PPP devraient fonctionner ici, c’est certain…
La moins libérale des solution, celle du revenu minimum garanti, défendue plus mollement dans le manifeste, est elle-même un leurre. Le revenu minimum garanti n’est pas la solution que défendait Michel Chartrand, sous le vocable du « revenu de citoyenneté », mais bien la formule apportée par Charles Sirois, l’ancien patron de Télégloble Canada, dans son livre Passage obligé, passeport pour l'ère nouvelle (Paru aux Éditions de l’Homme en 1999). Il faut comprendre que la version « libérale » du revenu minimum garanti exclut le maintien des services publics… car chacun aura son revenu minimum pour payer ces services. Entre se payer l’éducation et manger, quel choix reste-t-il aux moins nantis d’entre nous?
Dans les prochains mois, il nous faudra être vigilant pour éviter qu’un programme aussi funeste soit appliqué, où est absent toute question concernant l’environnement, où l’éducation est évoqué qu’en terme de coûts et où on a évacué la qualification du montant de la dette, notamment les actifs et les infrastructures. Il va être intéressant de voir se réaligner les partis politiques, car il n’est pas certain qu’il restera de choix pour les électeurs, quand les trois partis politiques principaux seront désormais alignés sous la même bannière du libéralisme plus ou moins « néo », lorsqu’ André Boisclair sera élu chef du Parti québécois. Le manifeste de la « lucidité » aura permis au moins de montrer à la clarté du jour que la classe politique actuelle crèche à la même enseigne.Pendant ce temps, l’UFP et Option citoyenne est à créer la nouvelle machine de la riposte de gauche. Pour en finir avec la lucidité des riches.

lundi, octobre 17, 2005

Ils ne sont riches seulement parce que nous sommes pauvres


De ma courte vie professionnelle, commencée à mes seize ans en 1986, je n’ai pas connu beaucoup d’employeurs. Au moins j’ai eu la chance (si j’ose dire) de les avoirs presque tous connu personnellement. Employé dans le secteur privé, c’est quand même assez commun, les entreprises où j’ai vendu mes efforts ne furent pas des grandes, seulement de la catégorie moyenne. La proximité du patron m’est familière. Souvent, il s’agissait du fondateur, de l’entrepreneur, ce dernier terme est le préféré de ces personnalité souvent décrite comme « hors du commun », « exceptionnelle », « audacieuse » et avec d’autres termes généralement flatteurs.

Avec le recul, il m’est arrivé aussi de trouver ces personnages hors du commun, mais dans un sens inévitablement négatif. C’est cette proximité qui a probablement contribué à me donner une vision franchement enlaidie de ces « innovateurs » et ces « capitaines d’industrie » qu’ont été mes patrons. Simplement par le fait qu’ils étaient très ordinaires comme individus, je n’en ai pas connu qui m’ont donné envie de nouer des relations plus cordiale avec eux. Même qu’ils étaient tous assez moches (dans leur tête surtout, le physique ne me préoccupe pas beaucoup), je ne sais comment composer avec des amitié aussi peu naturelles, dans ces cas où je me sens repoussé par leur attitude de patron, celle qui a fait leur fortune.

La chose dont ils ont tous en commun, une qualité à en lire les journaux vantant leurs réussites (Les Affaires en autres), c’est leur avidité. Le goût d’en avoir toujours plus, d’être toujours plus riche, même si ce n’était pas des situations toujours reluisantes, ils se voient toujours en vainqueur, du moins tant qu’on ne leur demande pas un certain partage des bénéfices. Aussitôt notre demande formulée, ils se transforment en lamentables perdants, au bord du précipice, que notre demande risque de les perdre à jamais. Autrement, on les reconnaît à leur façon de plastronner, cette manière de se montrer fier d’une vie bâtie sur des sacrifices et de longs effort, surtout ceux des autres.

Le concept « avidité » me plaît bien, quand je me représente mentalement un patron. Le goût d’en avoir plus, d’être compétitif, de vouloir être le plus riche, même si on n’a pas une espérance de vie de plus de cent ans et souvent pas de descendants, pour pouvoir dépenser et léguer la richesse que peut accumuler des dizaines de travailleurs gagnant un salaire moyen pour toute une vie de salariat. J’aime beaucoup son équivalent anglais, « greed ». Le son sinistre lorsque nous le prononçons correspond bien à ce qu’il représente. Quant à la son qualificatif, « greedy », qu’on traduit par « cupide », non seulement il demeure sinistre mais il allie également une sonorité évoquant le caractère futile de la chose. Imaginer, être riche à ne plus savoir quoi faire de son fric…quelle connerie!


J’ai appris ainsi que leur richesse, c’est notre pauvreté. La pauvreté des travailleurs, stigmatisés parce qu’ils sont paresseux, n’ayant peu de qualité, ils sont ingrats, chialeurs, ignorants de leur chance et qui ne reconnaissent pas le risque que ces « innovateurs » doivent assumer, pendant qu’ils sont devant leur télé à boire de la grosse bière. Ces travailleurs qui font le crime de lèse-majesté de se syndiquer, soit se réunir comme une petite mafia pour soutirer des moyens de leurs patrons par un racket odieux, celui construit autour de la convention collective, ce contrat digne de Faust. Après tant d’effort, voilà ce que le patron moyen doit encore endurer, au lieu de profiter de la vie et des exigences d’être riche : fréquenter des riches, faire le riche, voyager en riche, s’habiller en riche, manger en riche et mourir en riche, avec une pierre tombale immense pour clamer que même mort, on est riche. Pourtant, «Vous ne l’emporterez pas au Paradis » disait un des Évangiles, et les riches que j’ai connu sont tous bêtement athées.

Pour compléter le portrait, je me suis dit qu’il faudrait quelques exemples tangibles, histoire de rendre mon bref portrait crédible. J’ai hésité, car déjà je crains que ma présentation ne verse davantage dans la démagogie dont je me soupçonne un peu. Disons que TOUS les riches ne sont PAS TOUS des cupides et ne sont PAS TOUS porté à ne pas vouloir partager leur richesse. Certains acceptent même de reconnaître la contribution de leurs employés à leur richesse, ce qui est un minimum. Ce n’est pas le cas de ces patrons que j’ai connu plus intimement.

Mais quand même, vive le syndicalisme, travailleurs de tous les pays, unissez-vous!!!

mercredi, septembre 28, 2005

Les négociations chez Renaud-Bray: déjà l'impasse?

(Le texte suivant a été publié dans le numéro 4 du bulletin Radical, de l'unité syndicale Renaud-Bray du SEPB 574)

Où en sommes-nous dans nos négociations, après le répit de l’été? Après avoir constaté ce qui reste à négocier dans les aspects normatifs de notre convention collective, soit tout ce qui est non monétaire, les employés présents lors des assemblées du 7 septembre se sont entendus pour les demandes salariales. En l’absence de la moindre indication de la part de notre employeur quant à sa capacité à répondre à nos demandes, nous avons choisi d’évaluer notre demande selon les chiffres qui nous sont disponibles, soit par le biais de l’évaluation fournie publiquement.
En effet, nous ne savons pas quelle est exactement la situation financière de Renaud-Bray. Nous ne pouvons faire autrement de déduire des informations disponibles et des activités de notre entreprise. Ainsi, nous avons trouvé les indications fournies par la direction au magazine Les Affaires, sur leur site Internet. Nous savons que l’entreprise a fait grimper son chiffre d’affaire de près de 11 millions de dollars entre 2003 et 2004. Ce même site nous apprend les montants de ses profits par année depuis 2002: malgré une hausse constante de son chiffre d’affaire, l’entreprise dégage le même montant comme bénéfice net, soit environ 1,5 millions de dollars. Nous avons donc raison de croire que l’entreprise est en mesure de partager enfin ses bénéfices avec ses employés, chose dont elle s’est bien gardée de faire depuis fort longtemps. D’autant plus que l’entreprise est loin de se comparer avec les autres entreprises du commerce au détail, comme le démontrent les informations disponibles dans ce domaine, fournies non pas par le milieu syndical mais bien par le milieu des affaires lui-même. Les membres présents lors des assemblées ont eu entre les mains le rapport paru dans le Journal de Montréal du 24 août 2005, section Votre Argent. On y apprenait notamment que les augmentations obtenues par les employés étaient en moyenne de 3.1%. Comme notre moyenne salariale est faible, nos demandes ne nous apparaissent pas démesurées.
Si l’entreprise avait voulu, jusqu'à ce jour, se compromettre de façon à nous faire comprendre qu’elle n’était pas en mesure de répondre favorablement à nos demandes, elle aurait dû agir en ce sens. Mais après le capotage de l’exercice de l’équité salariale, après avoir refusé de nous reconnaître des qualifications un moindrement plus élevées que celles de commis de magasin, après le retard perpétuel de ce même exercice attendu depuis deux ans, sans compter que nous n’avons pas obtenu de réponse favorable à notre demande de formation économique donnée par le Fonds de solidarité de la FTQ, on peut se demander déjà ce que va nous offrir la partie patronale, après le dépôts de nos demandes.
Si on a la moindre idée de ce l’entreprise va nous proposer, c’est un gel salarial pour cette année, puis une petite augmentation l’année suivante et enfin un autre gel pour 2007. Pourquoi? C’est tout ce qu’ont obtenu les groupes syndiqués avec la CSN et l’UES 800, lors de la négociation de leur contrat de travail, d’une durée de cinq ans en 2003. Comme Renaud-Bray a l’habitude de ne donner que la même chose à tous, malgré que nous sommes un groupe d’employés différent, venu négocier deux ans et demi plus tard, on ne s’attend pas à un élan de générosité de leur part.
À moins d’une surprise, bien entendu.

lundi, septembre 12, 2005

Le droit légitime de grève

Le droit de grève n’est certainement pas un droit sacré et inaliénable. Il serait étonnant toutefois qu’on revienne à une époque, pas si lointaine on s’en doute, où il était interdit aux travailleurs de refuser de travailler, selon le processus prévu par les lois du travail actuels. Pourtant, à lire la prose démagogique des lecteurs de La Presse, triée par la direction du même journal, on n’est pas loin de voir une demande politique en ce sens.
Ces dérives d’une catégorie de la population, peu renseignée de l’histoire et du droit du travail, d’aller jusqu’à exiger une interdiction du droit de grève, un droit par ailleurs obtenu de longues luttes. Les plus réalistes se contentent de dénigrer ce droit, en le qualifiant de « dépassé », de « rétrograde » ou de « préhistorique ». Un sondage récent a confirmé la tendance : bien que majoritairement acquis à la cause des employé(e)s de l’État, les répondants étaient par contre opposés à des moyens de pressions tout comme la grève. Que les syndiqué(e)s obtiennent leur dû, certes, mais sans rien faire d’autre que négocier. Quel paradoxe! Pourtant, on ignore que 95% des négociations se termine par un règlement, sans passer par la grève ou par le lock-out.

Mais bien sûr, la faute incombe toujours au employé(e)s syndiqué(e)s, opposés perpétuellement à la modernité qu’est la « flexibilité » et autres pirouettes lexicales pour justifier des baisses d’avantages sociaux, quand ce n’est pas les salaires, au nom de la sacro-sainte compétitivité sur le sacro-saint marché international. Il faudra expliquer un jour, à ces éditorialiste et à ces économistes des grands journaux Gesca et Québecor, que les marchés doivent aussi composer avec les consommateurs. Ceux-ci ne participent pas à un marché compétitif, pas avec des coupures de salaires et des réductions de temps de travail. Mais pour nos brillants économistes et journalistes, abreuvés des théories néo-libérales, notamment celles où est privilégié l’offre, un produit performant fabriqué à moindre coût, dans un contexte utopique d’un marché parfaitement réglé au quart de tour et avec une saine compétition, des employé(e)s soumis aux diktats de leur idéologie économique n’est qu’une condition sine qua none de leur propre enrichissement. Après, on se demandera pourquoi le travailleur occidental, passé à la tordeuse des transformations et autres modernisations de l’économie se sent davantage découragé, quand il n’est pas au chômage, n’apparaît pas plus sympathique à la mondialisation et à la cause patronale.
Aussi bien l’admettre, on n’est pas près de laisser l’action ultime, la grève, simplement pour se voir au diapason de la modernité, selon la version patronale de La Presse.

La liberté d'expression et Renaud-Bray: nos excuses.

Comme vous pouvez le constater, j’ai dû laisser tomber un texte, qualifié au départ comme un exercice. Nous avions tenté de provoquer nos patrons, en laissant traîner quelques informations et « critiques », histoire d’emmerder sérieusement l’entreprise qu’est Renaud-Bray. Sauf qu’à la relecture, on a décidé d’effacer ce texte, étant donné les constats suivants :
-nos collègues risquaient également de subir des pressions de la direction;
-on risquait nous-même des poursuites en justice, pour diffamation et autres;
-il y avait une information confidentielle;
-le ton était fortement teinté de démagogie, ce à quoi nous sommes opposé.
Il existe un temps où il est préférable de réfréner sa colère et son indignation. C’est pourquoi il est préférable de s’employer à des tâches plus constructives, comme ce le sera pour les prochains textes.

mardi, septembre 06, 2005

Sans l'État...

Je me souviens de la maxime de l’actuel gouvernement québécois, dévoilé lorsque celui-ci a déposé son premier budget. Non, ce n’était pas « Nous sommes prêts », ça c'était le slogan électoral. Yves Séguin, alors ministre des finances et vedette de l’équipe libéral, annonça la couleur de ce gouvernement par cette phrase :

« Ne vous demandez pas ce que l’État peut faire pour vous, mais ce que vous pouvez faire SANS l’État ».

Voilà. Le mot était lancé, les libéraux allaient appliquer l’idéologie libérale du désengagement et de la privatisation. On a vu par la suite Monique Jérôme-Foget, toujours présidente du Conseil du trésor et admiratrice de Friedrich von Hayek, aller de sa déclaration loufoque : « Chéri, j’ai réduit l’État ». En grosse lettre sur le magazine l’Actualité. Comme si c’était vraiment leur mandat, clairement exigé par la population.
Voilà que nous en sommes à se demander si cette élection a été parfaitement agencé avec une hausse aberrante du coût de l’essence, pour que nous en soyons réduit à courir les pompes affichant le litre à 1.30$. Nous avons entendu alors « Mais que fait le gouvernement? ». Mais voyons, les ministre de Jean Charest vous l’ont dit, oubliez l’intervention de l’État, il s’est désengagé. Et puis de toute façon, ce n’est pas une juridiction provinciale, d’autant plus que le Québec, on n’y trouve pas encore de pétrole. Et le grand frère libéral à Ottawa? Même son de cloche : « on n’y peut rien, c’est une conjoncture internationale ». Hé bien voilà, il faudra s’y faire, comme les Français, il ne nous reste plus qu’à plonger la main dans sa poche…

Si ce n’est que l’essence, on se dit quand même, on ne se trouve pas si mal, quand on regarde la Nouvelle-Orléans, on se trouve bien ici, quitte à souhaiter l’arrivée de l’hiver… mais voilà, là-bas aussi, les gens se sont fait dire « On a réduit l’État, on a réduit les impôts, vous êtes libres et responsables, sachez faire sans l’apport de l’État. » Donc en absence d’un État digne de ce nom, on a laissé se dégrader les digues protégeant la ville, au profit des baisses d’impôts. Par ce dernier fait, on a oublié de mettre à jour un plan sérieux en cas de catastrophe, toujours possible celui-là. Et finalement, lorsqu’il a fallu intervenir, on a vu à la télévision à quoi l’État servait, une fois réduit et désengagé de son rôle social : protéger la propriété privée. Il a été plus urgent d’envoyer des hommes en arme plutôt que des secouristes, ceux-ci étant retardé dans leur démarche par l’arrivée des gardes nationaux et des troupes régulières, avec l’impérative priorité d’abattre à vue les « pillards », souvent des êtres affamés surpris avec de la nourriture avariée prise au Wal-Mart du coin…et il paraît qu’il faut abattre des voleurs, maintenant, le vol est punissable de mort, désormais…

Voilà ce que nous mène la réduction de l’État, les coupes dans les dépenses sociales, le retard des réinvestissements dans les infrastructures, l’obsession de la lutte au déficit, le désengagement, la déréglementation, la réduction ou l’abolition des impôts. Le navrant spectacle vu en Louisiane, espérons-le, fera peut-être réfléchir les meneurs de claque du libre-marché et autre lubies néo-libérales. Car nous non plus, nous ne sommes pas à l’abris des « Actes de Dieu », comme en janvier 1998…

dimanche, août 21, 2005

La barbarie ordinaire

Il est toujours étonnant d’entendre aujourd’hui un discours en faveur de la peine de mort. Pourtant, il nous arrive encore de voir, périodiquement, des appels aux meurtres organisés, notamment lorsqu’un criminel crapuleux présumé est accusé devant la justice. On a vu à l’occasion une foule rassemblée derrière les clôtures d’un établissement carcéral, avertie à l’avance du passage imminent de l’individu, afin de réclamer sa tête. Chauffards ivres et meurtriers, pédophiles, assassins sadiques, violeurs, tous présumés innocents selon notre système de justice, aux dernières nouvelles toujours en vigueur, mais déjà condamnés par avance par cette foule vengeresse.
Nous avons tourné le dos, en tant que société, à une forme de barbarie assimilée à la sanction ultime de la justice. La peine de mort, peu importe la façon dont elle est appliquée, a été, dans la majeur des pays occidentaux, une des dernière manifestation collective et institutionnalisée de « l’instinct de mort » présent chez l’être humain, cette soif irrationnelle et assassine de s’en prendre à son prochain pour les raisons les plus diverses : sanction du crime (réel ou imaginaire), déclaration de guerre, émeutes organisées (pogromes), etc. Dans les nombreuses déclarations mettant un terme à la peine de mort, nous nous sommes permis de croire à l’avènement définitif d’une société moderne, une fois cette étape franchie : proclamation du caractère sacré de la vie humaine, mise en évidence de la double torture que constitue cette sanction (l’attente de la peine et celle-ci), dénonciation de la violence institutionnalisée, réhabilitation pour tous, etc.
Quand je revois ces enragés, criant leur indignation et réclamant une justice immédiate, c’est la barbarie ordinaire que je vois, celle des petites gens aigries, avides de l’immédiat en tout, même celle de la justice, quitte à créer une injustice. C’est l’argument principal des partisans du retour à la peine de mort : « Qu’ils meurent tous, même si quelques uns étaient innocents, justice est faite ». On a vu cette façon de voir sur des drapeaux guerriers, ça se résume à « Kill’ em all and let’s God sort them out », en vente un peu partout dans les boutiques de T-shirts. En bref, une belle régression en perspective.
On pourrait me rétorquer que je m’inquiète pour des riens, que personnes ne portent attention à ces enragés de la potence, que les cameramen des médias filment les vociférations pour faire de la nouvelle. Peut-être. Quand même, ces personnes ne sont pas là pour rien, on les avait prévenues. Qui sont-ils justement, ceux qui les alertent soir après soir, dans les bulletins de nouvelles ou ailleurs, de la hausse vertigineuse du crime, qu’il faut revenir à des pratiques d’un autre âge pour dissuader les criminels? Pourquoi pas diffuser à la télévision l’exécution des criminels, tant qu’à y être? On a laissé trop longtemps le crachoir aux démagogues de la droite, ceux-là même qui ont l’estime des aigris et des craintifs, les Gilles Proulx, Jean-Luc Mongrain et Stéphane Gendron de ce monde, pour que nous retournions à la barbarie. Comme on sait l’importance de leur auditoire, pas étonnant d’entendre que le nombre des partisans au retour à la peine de mort est en hausse, au point de ramener le débat dans nos institutions. Dans cette société, nous avons choisi que tous avaient la possibilité d’être jugé. Ne laissons pas les démagogues nous ramener à l’âge de la potence.

Et les chiffres? Vous les sortez d'où?

À lire La Presse ces derniers jours, on dirait que le mot d'ordre de s'en prendre aux syndicats, voire au syndicalisme en général, provient du bureau du premier ministre Charest. Non seulement les éditorialistes se relaient pour avertir les syndiqué(e)s du secteur publique de revoir leur demande à la baisse, voilà que le grand rédacteur économique Claude Piché, celui là même qui écrivait "y'a pas de pauvre à Montréal" les prévient: selon lui, l'État québécois frôlent la faillite si jamais les syndiqué(e)s n'obtempèrent pas à la "ligne dure" du gouvernement.

À défaut d'être moindrement crédible, hors du cercle des fanatiques du marché et du mantra de la "main-invisible-qui règle-tout-en-concurrence-parfaite", M. Piché aurait eu moindrement la décence, s'il veut être sérieux dans sa démarche, de fournir ses références quand il cite des chiffres. À en croire ce qu'il a écrit, aussi bien quitter la province, on est endetté plus que n'importe quel citoyen sur la planète. Fini les projets, donnons toute la richesse collective au règlement de notre dette et au diable le reste, l'entreprise privée s'en occupera. quand aux syndiqué(e)s, qu'est-ce qu'ils font là à demander quelque chose à l'État? Assez simple comme raisonnement, non?